Auteur reconnu grâce au film de Sam Mendes, Richard Yates n'est pas un inconnu pour ceux qui pratiquent la littérature yankee depuis un certain nombre d'années. Disons-le tout net : ce recueil de nouvelles est probablement la meilleure chose qui ait été publiée de lui en France. Raymond Carver le considérait comme un père et la réputation n'est pas usurpée. Chaque histoire de ce livre est un bonheur (sombre le bonheur mais seulement pour ceux qui considèrent qu'un livre n'est pas gai ou triste mais bon ou mauvais !). D'une habilité narrative impressionnante et d'une écriture si précise qu'on en est parfois tourneboulé pendant quelques heures par une simple phrase, Yates fait partie de ces écrivains directs, sans fioriture qui ont un très haut niveau de moralité concernant le sens du réel à apporter dans l'écriture romanesque. Alors que la plupart des écrivains minimalistes contemporains sont plus dans le "less is less" que dans le "less is more", Yates montre un chemin tortueux mais fécond, et ceci dès les années 50, à savoir cette route difficile du réalisme acharné (comme dirait Gombrowicz) où l'on ne sacrifie jamais l'émotion à l'analyse. Dépressifs, ne pas s'abstenir : on vit souvent mieux en lisant des gens pour qui le monde n'est pas un parc d'attraction mais un territoire à conquérir de haute lutte, sans prozac, et sans illusion.