Débarquée de Stockholm au milieu des années cinquante pour conquérir la scène internationale, Birgit Nilsson affichait des moyens vocaux sidérants : puissance, solidité, vaillance, pureté et éclat du timbre, c'est avec une santé vocale arrogante qu'elle allait prendre possession du répertoire Wagnérien comme s'il lui était destiné. En 1957 elle enregistrait pour EMI un récital Wagner exceptionnel. Les airs solos (l'air d'Elisabeth à l'Acte 1 de Tannhauser; le rêve d'Elsa extrait de l'Acte 1 de Lohengrin, la Ballad se Senta de l'Acte 2 du Vaisseau Fantome, le Liebestod de Tristan et Isolde) sont saisissants d'aisance, de beauté pure et même de souplesse (qualité que Nilsson perdra quelque peu dans certains enregistrements ultérieurs).
Le plat de résistance de cet album réside toutefois dans les scènes en duo avec le légendaire Hans Hotter, alors au firmament de sa prodigieuse voix. Il faut écouter le début du "Wie aus der Ferne" (Der Fliegende Höllander, Acte 2) pour se rendre compte de quelle manière cette voix pulvérise toutes les autres dans le rôle. Le timbre et la présence du baryton-basse sont littéralement renversants ! La scène finale de la Walkyrie (l'entière Scène 3 de l'Acte 3), quant à elle, n'a sans doute jamais été égalée (même par les interprêtes eux-mêmes); les Adieux de Wotan sont ici une merveille absolue.
Tout au long de ce récital, l'entente entre Nilsson et Hotter est idéale; les voix himalayennes se conjuguent au superlatif. Ils sont accompagnés par le Philharmonia Orchestra de la grande époque, sous la baguette experte de Léopold Ludwig, absolument parfait. En résumé, voici donc un couple d'extra-terrestres, tous deux captés à leur meilleur. Ce qui nous donne un des meilleurs disques récital Wagner jamais enregistré.