Envoyer sur votre Kindle ou un autre appareil

 
 
 

Essai gratuit

Découvrez gratuitement un extrait de ce titre

Envoyer sur votre Kindle ou un autre appareil

Tout le monde peut lire les livres Kindle, même sans un appareil Kindle, grâce à l'appli Kindle GRATUITE pour les smartphones, les tablettes et les ordinateurs.
Orchidée fixe
 
Agrandissez cette image
 

Orchidée fixe [Format Kindle]

Serge Bramly
3.7 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)

Prix éditeur - format imprimé : EUR 18,00
Prix Kindle : EUR 12,99 TTC & envoi gratuit via réseau sans fil par Amazon Whispernet
Économisez : EUR 5,01 (28%)

‹  Retourner à l'aperçu du produit

Descriptions du produit

Extrait

MIRAGE

Il venait de Marseille, il allait en Amérique. Il a débarqué à Casablanca, pour une escale qui allait durer un peu moins de trois semaines, le 21 mai 1942. Ça tombait un jeudi, vous pouvez vérifier.
Le bateau s'appelait le Maréchal Lyautey et portait les couleurs de la C.N.P., la compagnie de navigation Paquet. Trois cent quatre-vingt-treize passagers à bord. Duchamp voyageait avec un billet de seconde classe. Il existe une photo de lui, prise l'après-midi du départ, qui le montre debout à l'avant du navire. La cheminée fume. On dirait que le dernier coup de sirène vient de retentir. Il regarde vers le quai, dressé telle une figure de proue, et agite la main en signe d'adieu. Il me semble, mais je n'en suis pas certaine, que c'est André Gomès qui a fait cette photo. Les Gomès, Henriette et André, avaient déjeuné avec lui à une terrasse du Vieux-Port, quelques heures plus tôt. Victor Brauner et Jacques Hérold les avaient rejoints et ils avaient échangé à table de petits souvenirs, n'étant pas persuadés de jamais se revoir. À Hérold, Duchamp avait offert l'une de ses sculptures miniatures. Ses amis l'avaient ensuite accompagné jusqu'à l'embarcadère. Ils étaient émus et voulaient lui donner un coup de main avec les valises.
De Marseille à Casa, traversée sans histoire.
Mer d'huile, ciel limpide. Le paquebot cabotait à la limite des eaux territoriales espagnoles sans crainte des sous-marins.
Le thermomètre grimpait et les sourires revenaient, avec une sorte d'étonnement, à mesure que s'éloignait le théâtre de la guerre. On paressait sur les transats, les femmes comparaient leurs hâles. Comment ne pas s'imaginer en croisière comme autrefois ? Les journées s'étiraient. Le sentiment de flottement propre aux longs voyages tournait à l'engourdissement. Aux heures les plus chaudes, quand le soleil brûlait, Duchamp restait affalé sur sa couchette, la tête vide, dans une espèce d'hébétude qui le comblait.
Dans la nuit du 19, alors que brillaient à l'horizon les lumières de Gibraltar, le commandant a organisé une petite fête dansante. La nourriture était ce qu'elle était en ces temps de restrictions, mais le vin et les alcools ne manquaient pas à bord. Duchamp y a assisté à sa façon, de loin, je veux dire : à l'écart. Je ne pense pas qu'il se fût lié avec quiconque durant la traversée. Il n'était pas dans cet état d'esprit. L'étudiant en pharmacie à la faculté de Montpellier qui partageait sa cabine le prenait pour un représentant de commerce en fin de carrière (pour leur part, mon grand-père et mon arrière-grand-père Zafrani crurent d'abord à un marchand de jouets). Duchamp ne cherchait pas à le détromper (pas plus qu'il ne détrompa ma famille les premiers temps de leur rencontre) et chacun s'en tenait à bonjour-bonsoir.

Revue de presse

Autodidacte, iconoclaste, touche-à-tout (et réussit-tout), Serge Bramly avait depuis toujours une obsession, une orchidée fixe : dédier un livre à son idole, Marcel Duchamp, dont les oeuvres et autres mémoires savantes colonisent la bibliothèque...
Ainsi, dans Orchidée fixe (calembour emprunté aux notes de l'artiste), Bramly mêle son histoire à celle de Duchamp, à travers deux narrateurs liés, eux aussi, au peintre : la petite-fille d'un homme qui avait hébergé Duchamp, alors qu'il avait échappé au camp de transit près de Casablanca où il avait été interné, après avoir fui l'occupation allemande. Et un universitaire français, enseignant dans le Colorado, que les recherches ont lancé sur les traces de Duchamp. Un roman à quatre voix, même si celle de l'auteur se devine plus qu'elle ne s'affirme. Une histoire de passion, de rencontre, "de milieux et d'époques qui se croisent dans une longue suite de causes et d'effets". L'émouvante déclaration d'amour, surtout, et d'estime du disciple à l'endroit de son maître. (Marine de Tilly - Le Point du 20 juillet 2012)

Le passage au Maroc, en 1942, de l'inventeur du ready-made donne à Serge Bramly le motif d'un excellent roman à tiroirs et à clés. Marcel Duchamp débarque à Casablanca, en provenance de Marseille, le 21mai 1942. Il y demeure quelques semaines avant de pouvoir partir vers New York, où il parvient fin juin. Ces journées d'attente au Maroc sont très mal connues : un blanc dans une vie que les biographes ont tenté de recomposer en détail. Serge Bramly a pris possession de ce vide pour y loger une fiction aussi vraisemblable que savante...
Orchidée fixe peut aussi se lire comme une réflexion très ironique sur la notion de preuve en histoire, sur le genre de la biographie farcie de notes comme il s'en publie tant, et sur le fétichisme qui s'attache aux grands hommes et induit leurs admirateurs à les grimer - à les métamorphoser à leur guise. Bramly, lui, ne se cache pas, joue franchement - et gagne. Aragon a écrit jadis Henri Matisse, roman. Cet excellent livre pourrait donc s'intituler " Marcel Duchamp, roman "... (Philippe Dagen - Le Monde du 30 août 2012)

En 1942, l'artiste Marcel Duchamp fuit l'Occupation et débarque à Casablanca : à partir de ce postulat, Serge Bramly interroge les hasards d'une vie et d'une époque trouble...
Avec subtilité, Serge Bramly récrée une époque et cherche à assembler les pièces d'un puzzle fascinant. Le résultat donne un roman lumineux sur le hasard des rencontres et les aléas de l'existence. (Alexandre Fillon - Lire, septembre 2012)

Présentation de l'éditeur

« J’ai commencé ce livre il y a un peu plus de vingt ans. Je l’ai abandonné et l’ai repris à plusieurs reprises. L’idée d’écrire quelque chose sur Marcel Duchamp m’obsédait mais je n’ai pas su pendant longtemps quelle forme cela devait prendre. Je commençais un chapitre, le jetais au rancart, l’envisageais sous un autre angle, et mes notes se seraient accumulées sans fin si je n’avais eu un jour l’idée d’y introduire des éléments personnels, quasi autobiographiques, ce dont je m'étais toujours abstenu dans mes romans. Mon point de départ était une lettre que l’artiste avait écrite à son ami Henri-Pierre Roché, le 27 mai 1942, du Maroc. Il fuyait alors l’occupation allemande et venait d’être interné dans un camp de transit, à Aïn Sebaa, dans les envions de Casablanca. ‘‘Évidemment, écrivait-il, le camp d’hébergement est une horreur (pas de lit et une salle commune avec paillasses, hommes et femmes, une centaine), mais j’ai réussi à échapper à cela.’’ Il ajoutait : ‘‘Je couche seul dans une salle de bains, très confortable, à 7 kilomètres de Casa au bord de la mer.’’ Mon projet a commencé à prendre forme lorsque je lui ai adjoint une narratrice, l’arrière-petite-fille des propriétaires de la salle de bains où Duchamp avait trouvé refuge, et un universitaire que ses recherches avaient lancé sur les traces de l’artiste. L’une habitait Tel-Aviv où avaient émigré ses parents, l’autre, Français expatrié, enseignait à l’Université du Colorado : il n'appartenait qu'à Duchamp de les réunir. Orchidée fixe (calembour emprunté aux notes l’artiste) est ainsi l’histoire d’une double rencontre, d’une double passion, et de milieux et d’époques qui se croisent dans une longue suite de causes et d’effets. » Serge Bramly

Biographie de l'auteur

Né en 1949 à Tunis, Serge Bramly est l’auteur de nombreux romans : L’Itinéraire du fou (prix Del Duca), La Danse du loup (Prix des libraires 1983), Ragots et surtout, Le Premier Principe, Le Second Principe (Lattès, 2008), qui a reçu le prix Interallié. Il a écrit également des essais sur la Chine (Le Voyage de Shanghai), sur l’art (Léonard de Vinci, prix Vasari 1995 ; réédité en 2012) et la photographie.
‹  Retourner à l'aperçu du produit