Ce téléfilm est l'ultime réalisation du téléaste vétéran Dan Curtis (célèbre pour avoir créé l'interminable série
Dark Shadows, actuellement adaptée en version cinéma par Tim Burton), également auteur de quelques solides dramatiques télévisuelles ou cinéma telles que Trilogy of Terror I & II,
Dracula (joué par Jack Palance)/Dr Jekyll & Mr Hyde (aussi joué par Jack Palance)/Le portrait de Dorian Gray/Le tour d'écrou,
Burnt Offerings (avec Bette Davis et Oliver Reed), Intruders, ainsi que deux séries de guerre réputées avec Robert Mitchum dans les années 80 (The winds of war).
La réalisation est sobre, sans effets superflus: on est là pour le sujet (le procès d'un prêtre pédophile ayant sévi pendant quarante ans et celui du Cardinal ayant omis de réagir fermement en toute connaissance de cause), pas pour admirer la mise en scène. Le métrage est porté par des acteurs chevronnés que l'on retrouve avec un grand plaisir: Christopher Plummer (qui tâte aussi de la soutane dans
La pourpre et le noir et dans le récent film de SF
Priest) en cardinal dépassé par les événements, Brian Dennehy (
Assaut sur le central 13) en prêtre (anciennement) homosexuel, populaire et moderniste, Kenneth Welsh (
Survival Of The Dead, la série
Twin Peaks) en éminence traditionnelle du Vatican (cet acteur est toujours exceptionnel, son rôle ici est malheureusement réduit au minimum), Ellen Burstyn (
Requiem for a Dream,
L'Exorciste) en mère de victimes (une seule scène), houspillés par un Ted Danson pêchu, décontracté, parfait dans le rôle de l'avocat des plaignants. Le joufflu Daniel Baldwin est l'une des victimes du père Geoghan, inquiétant pédophile que personne n'aura su arrêter à temps. Sujet de société donc, traité avec tout le tact nécessaire à cette thématique particulièrement scabreuse. Dan Curtis livre donc une réussite, une reconstitution prenante et poignante, à l'opposé d'un Jean-Pierre Mocky qui s'était planté dans les grandes largeurs (qui a dit: comme d'habitude?) avec ses sensationnalistes Ballets écarlates d'un mauvais goût mémorable.
Version originale sous-titrée et version française disponibles. Documentaire de 15 minutes en bonus sur les véritables acteurs de cette affaire - les victimes du serial violeur prennent la parole; on s'aperçoit alors que Dan Curtis a embauché des comédiens au physique très proche de tous les protagonistes de cette histoire vraie, qui marqua le début de la chasse aux prêtres pédophiles dans le monde entier, les victimes jusqu'alors silencieuses (par honte et/ou contrepartie financière offerte par le Vatican) sortant tour à tour de l'ombre pour désigner leurs bourreaux. Ce procès Bostonien fut aussi la première fois qu'un avocat obtint que comparaissent à la barre des membres du clergé.