...que d'autres chefs ont malencontreusement tendance à saborder sous la trivialité et la paillardise, oubliant hélas cette mention de son titre « comitantibus instrumentis atque imaginibus magicis ».
Les jeux de séduction sur les prés baignent ici dans la chaleureuse atmosphère de l'évocation naïve : écoutez la soyeuse douceur des violons dans la ronde qui précède le « Swaz hie gat umbe ».
La Cour d'amour s'imprègne d'un sentiment châtié, voire nourri d'esprit chevaleresque (les soupirs courtois du « Dies, nox et omnia »).
Surprenant : cet aboiement outrancier qui exclame le « fit ludus ineffabilis » dans le pressant « Si puer cum puellula » ! Autre détail phonétique : la diction (trop ?) chuintante du choeur « O Fortuna ».
Au demeurant, ne peut-on regretter que la verve ne se montre plus vigoureusement affirmée ? : malgré leur conviction, les messieurs du Rutgers University Choir manquent un peu de truculence pour le « In Taberna quando sumus ».
La captation dans l'ample acoustique du Broadwwod Hotel de Philadelphie ôte un peu de présence dramatique à la déréliction « Estuans interius » ou à l'imprécation « Ego sum abbas ». Notons-y la curieuse sonorité de trompe qui précède le sarcastique éclat de rire conclusif.
Comme charmé par le coloris archaïsant de la partition, le maestro hongrois et son orchestre pennsylvanien désincarcérent la rigueur rythmique et nuancent la prosodie pour mieux flatter la souplesse mélodique, et débusquer la poésie derrière l'impact strophique des chants : une approche plutôt romantique qui ne correspond pas exactement à l'idiosyncrasie du langage orffien.
Au sein d'une abondante discographie de cette oeuvre, on peut aussi estimer que cet enregistrement d'avril 1960 fournit un rare exemple de "Carmina Burana" émerveillés par la candeur de l'imagerie médiévale.