The Other / L'Autre est sans doute le meilleur film de son auteur, Robert Mulligan. Peut-être avec L'Homme sauvage, western très singulier avec Gregory Peck (disponible en dvd uniquement dans une collection que se réserve une autre enseigne), et
Daisy clover, un des meilleurs rôles de Natalie Wood. Réalisateur entre autres d'
Un été 42 (son plus grand succès) et d'
Un été en Louisiane (The Man in the Moon, son dernier film, sorti en 1991 - il est mort fin 2008), il a été catalogué cinéaste de l'enfance et de l'adolescence. Ce qui n'est qu'en partie vrai, mais il est exact qu'il s'est illustré dans ces films ayant des enfants plus ou moins en leur coeur, voire dont le film est la vision (
Du silence et des ombres / To Kill a Mockingbird, adaptation très réussie du
magnifique roman de Harper Lee). De tous ces films, L'Autre est sans doute le couronnement, parce qu'il réunit en seul film bien des aspects des autres, et parce que sa vision de l'enfance est, du fait même du sujet du film, plus complexe et plus trouble.
Je ne vous en dirai rien, car il est capital que le film soit vu sans avoir trop de connaissance du récit. Juste quelques remarques: L'Autre est qualifié de grand film fantastique, ce qui est vrai, mais il faut entendre par là, pour éviter les déceptions, qu'il se range dans la catégorie du fantastique psychologique. Film qui ne repose que très peu sur des effets, encore moins sur des effets horrifiques, L'Autre est fantastique parce qu'il travaille des éléments et des thèmes qui font partie des grands classiques du genre, avec un savoir-faire considérable, mais sans chercher à "faire" fantastique et sans effets tapageurs. Le travail du chef opérateur Robert Surtees est à cet égard crucial, et exemplaire de comment la lumière réussit à établir des ambiances que le reste de la mise en scène peut magnifier. La direction d'acteurs de Mulligan, parfois à la limite du trop expressif, participe de la même ambiance, qui travaille sur le malaise en même temps que sur le tableau a priori idyllique dépeint par le début du film. Il faut ajouter que les jumeaux trouvés pour tenir les rôles principaux sont à tous les points de vue idéaux, le sens du casting pour les rôles d'enfants étant effectivement à mettre au crédit de Mulligan dans tous ses films.
Certaines de ces caractéristiques, ainsi que la musique de Jerry Goldsmith, sont analysées dans des bonus passionnants, qui consistent en des modules de 3 à 4 minutes sur différents aspects du film, conçus par l'historien du cinéma Pierre Berthomieu et parfaitement lumineux - son analyse fouillée du rôle de la musique, aspect souvent le plus délaissé de l'analyse filmique, est aussi pertinente que bienvenue. Mais gardez bien entendu pour après la vision du film ces commentaires, qui ne sont là que pour prolonger le film et pour y réfléchir. Notons que Berthomieu a depuis écrit un des grands livres de cinéma de ces dernières années (voir mes commentaires) :
Hollywood classique - Le temps des géants (tome 1) et
Hollywood moderne - le temps des voyants - c'est dans ce 2ème tome que Berthomieu consacre un excellent chapitre à Mulligan.
Surtout, ce qui fait le prix de cette édition, c'est la copie quasi parfaite, qui respecte les couleurs et les lumières, si délicates et signifiantes. Au total, une édition très réussie pour un grand film américain des années 70, qui gagnerait à être mieux connu. Voilà une excellente occasion, après une rétrospective méritée pour son auteur à la Cinémathèque française, de le (re)découvrir.