Otis Redding


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OtisRedding

"Mr. Pitiful was recorded at #Stax studios this month in 1964. Whats your favorite line from the song? #OtisRedding #NowPlaying #Soul


Biographie

« Il n'y avait qu'un radiateur dans les studios Stax, posé à côté de la batterie. Al était en t.shirt, et nous, de l'autre côté de la pièce, en manteaux et gants ! » Wayne Jackson« D'accord, vous pouvez le mettre sur un piédestal, en faire une idole, mais ce n'était pas une putain d'idole. C'était un être humain, c'est tout. » Johnny Jenkins

Petit garçon noir et pauvre

Otis Redding est né le 9 septembre 1941, dans la petite ville de Dawson, en Géorgie, qu'il ne connaît que le temps d'un déménagement, trois ans plus tard, à Macon (ville natale de Little Richard et de Randy Crawford, qui ... Lire la suite

« Il n'y avait qu'un radiateur dans les studios Stax, posé à côté de la batterie. Al était en t.shirt, et nous, de l'autre côté de la pièce, en manteaux et gants ! » Wayne Jackson« D'accord, vous pouvez le mettre sur un piédestal, en faire une idole, mais ce n'était pas une putain d'idole. C'était un être humain, c'est tout. » Johnny Jenkins

Petit garçon noir et pauvre

Otis Redding est né le 9 septembre 1941, dans la petite ville de Dawson, en Géorgie, qu'il ne connaît que le temps d'un déménagement, trois ans plus tard, à Macon (ville natale de Little Richard et de Randy Crawford, qui avait acclamé les débuts professionnels de James Brown, et qui verra plus tard s'épanouir le talent des Allman Brothers Band), située dans le même état. Au faîte de sa gloire, il deviendra par ailleurs Maire honoraire de cette cité. Pour l'heure, la famille s'installe dans un quartier à loyers modérés. Sa mère, Fannie, lui offre quatre sœurs et un frère, Rodgers. Son père, Otis senior, subsiste (et fait vivre sa famille) en cumulant deux emplois : le premier dans la base aérienne militaire de Robins, le deuxième comme prêtre de la communauté. Des ennuis de santé (il souffre de tuberculose) lui interdisent malheureusement de poursuivre dans cette voie : le jeune Otis, quant à lui, doit quitter précocement le lycée Ballard-Hudson, et embrasser divers petits métiers (pompiste, puisatier), afin de ramener quelque argent à la maison. Les premiers contacts du jeune garçon avec la musique sont parfaitement communs au vécu d'un jeune noir durant cette décennie : il pratique le gospel à l'église, et devient même le batteur (à raison de six dollars la séance, et après avoir inculqué quelques rudiments de l'instrument à l'école) de divers ensembles se produisant dans les lieux de culte, ou durant des émissions sur WIBB, radio locale. Il chante également dans un groupe amateur, se frottant pour l'occasion à la pratique de piano et guitare.

Grand garçon noir et pauvre

En 1958, Redding part en tournée avec the Upsetters, ancien backing-band de Little Richard, et truste l'intégralité des concours amateurs de chant auxquels il participe. En 1960, Redding s'installe quelques mois chez l'un de ses sœurs, à Los Angeles. Il y est laveur de voiture le jour, chanteur la nuit, et trouve l'opportunité d'enregistrer deux 45 tours. Le jeune homme, de retour à Macon, se marie (sa jeune épouse se prénomme Zelma, et ils auront ensemble deux beaux garçons), enregistre un troisième disque toujours sous influence (Sam Cooke), et rencontre le guitariste Johnny Jenkins. Ce gaucher, à la moustache faconde, et au style épileptique (il se fait une spécialité d'enchaîner les soli...la tête en bas), sera d'une profonde influence dans le jeu de Jimi Hendrix. Pour l'heure, Phil Walden, patron du label Capricorn records, manager de Jenkins, adolescent, blanc et enthousiaste, aide le musicien à monter un nouveau groupe local, the Pinetoppers. Walden est un authentique fan de musique noir, ce qui n'est pas sans poser problème, dans la mesure où, application stricte des lois de ségrégation raciale oblige, il ne peut applaudir sur scène les artistes noirs qu'il manage ! En tout état de cause, Otis « Rockhouse » Redding est ainsi intégré dans le groupe comme chauffeur, valet, puis...chanteur principal, développant un style calqué en tout point sur celui de la star de la ville, Little Richard. Redding se fait par ailleurs une spécialité d'imiter à la demande tous les grands chanteurs noirs de l'époque.En 1962, Jenkins et le jeune vocaliste se rendent dans les studios Stax de Memphis, pour y enregistrer pour le compte du distributeur Atlantic. Le projet, ourdi par Walden, est, non seulement de permettre la gravure d'un nouveau succès pour le guitariste, mais également d'autoriser Otis à se frotter à la réalité d'un studio, et ce face au groupe d'accompagnateurs maison, le plus huppé du moment : Booker T. & the MG's (comprenant outre les claviers de Booker T. Jones, le bassiste Donald « Duck » Dunn, le batteur Al Jackson, et le guitariste Steve Cropper). Comme il reste un peu de temps en fin de séance (Booker T., fatigué, est rentré chez lui, laissant le clavier à son futur légendaire guitariste), Redding en profite pour placer l'une de ses compositions, « These Arms Of Mine », composée deux années auparavant. Le trémolo dévastateur du chanteur fait merveille dans cette ballade, dont le but principal reste le rapprochement des points de vue, et des couples de danseurs. Dans une étincelante intuition, le chanteur décide de parler à la fin de la chanson, lui offrant par-là même une spécificité tout à fait originale. Jim Stewart, patron de Stax, en concevra une totale fixation sur les ballades interprétées par Otis, exigeant que tous les enregistrements de Redding en comprennent une proportion raisonnable. Walden, quant à lui, est subjugué, et la carrière du jeune chanteur est lancée. Par souci de réciprocité, ce dernier proposera à Jenkins d'intégrer son groupe de tournée : le guitariste refusera...par peur de l'avion.Constatant que le disque ne se vend pas, Stewart concède ses droits au DJ d'une radio de Nashville : après plusieurs mois de matraquage, « These Arms »...atteint la vingtième position des classements de vente rhythm and blues : la période des vaches maigres est révolue. Les tournées, épiques (tout le monde était armé dans le groupe, et toujours sur le qui-vive) se succèdent. Redding doit toutefois attendre 1963 pour enregistrer un nouveau disque, où il déploie toute la technique acquise au contact du gospel. Quelques mois plus tard, « Pain In My Heart » (nouvelle ballade), démontre le chemin parcouru par le jeune artiste : la chanson, parfaite de romantisme, et de mise en scène, sera un succès signé Redding...jusqu'à ce qu'Allen Toussaint, producteur de la Nouvelle-Orléans, revendique la paternité d'une mélodie étrangement semblable, composée pour la chanteuse Irma Thomas. Le contentieux se règlera au gré à gré par un partage des royalties.Les disques s'enchaînent, qui permettent à Otis de développer, outre une technique vocale parfaitement maîtrisée (en particulier dans l'usage intensif du contretemps, et du falsetto), un sens des arrangements tout à fait innovants : l'utilisation des triolets du piano, d'une section de cuivres (les Mar-Keys) omniprésente dans les morceaux rapides, de l'orgue en réminiscence de la musique d'église, et d'une étonnante guitare dans les contrepoints et ornementations, reste tout à fait inédite pour l'époque. On considère naturellement l'orchestre de Booker T. Jones comme un artisan à parité de ces bouleversements. C'est en février 1964 qu'est édité le premier album d'Otis Redding, Pain In My Heart. Tout comme son successeur, The Great Otis Redding Sings Soul Ballads (mars 1965) peu ou prou compilation de singles, il n'a qu'une modeste carrière dans les hit-parades. Ces diverses sessions ont au moins le mérite de générer la rencontre avec un autre grand nom de la musique noire américaine, en la personne d'Isaac Hayes. Ce dernier mettra ses divers talents au service du chanteur jusqu'à sa disparition.

Grand homme noir

Le disque suivant, « Mr Pitiful » (« Monsieur piteux état » , allusion au ton navré de Redding dans les ballades, mais également en souvenir de temps impécunieux), constitue une double innovation : il s'agit de la première chanson écrite en compagnie de Steve Cropper, et c'est le premier disque de Redding à se frayer un chemin dans les premières places des classements de ventes. La face B du 45-tours (« That's How Strong My love Is ») constitue une espèce de Sacré Graal de la ballade soul, bénéficiant de la commercialisation quasi simultanée de trois versions, celle de Redding, du chanteur O.V. Wright, et des Rolling Stones.En juin 1965 est édité ce qui reste comme le chef d'œuvre d'Otis Redding, l'album Otis Blue, Otis Redding Sings Soul. Entraîné par l'impérial « I've Been Loving You Too Long » (composée en compagnie de Jerry Butler, dans une chambre d'hôtel de Buffalo), un « Respect » - en écho des émeutes sanglantes de Watts et de Harlem - magnifié quelque temps plus tard par Aretha Franklin (qui le transforma en numero uno), un « Rock Me Baby » agrémenté d'un sublime solo de guitare signé Steve Cropper, et un hommage à Sam Cooke, disparu six mois auparavant, le disque se classe à la fois dans les hit-parades pop et rhythm and blues (dont il atteint la pole position). On peut également y entendre une version du « Satisfaction » de Jagger et Richards, alors que les deux britanniques ont toujours clamé avoir composé cette chanson en hommage au style de l'Américain. Conséquent d'une séance de vingt-quatre heures entrecoupée d'un concert (sic), cet enregistrement figure de manière indéracinable dans la liste des cent plus grands disques de tous les temps, éditée par le magazine anglais New Musical Express. Redding vend désormais près de 250 000 copies de ses enregistrements, ce qui en fait à l'époque un poids lourd de la chanson. Celui qu'on surnomme désormais « Big O. » traverse son existence de musicien comme une locomotive sans frein, et poursuit les enregistrements historiques avec « I Can't Turn You Loose » (et son riff démoniaque), une autre balade mémorable (« Just One More Day »), et l'enregistrement d'un concert Otis Redding In Person At The Whisky A Gogo (avril 1966) qui ne sera publié que de manière posthume. Comme il lui reste quelque temps libre en 1966, le chanteur en profite pour enregistrer deux nouveaux chefs d'œuvre : The Soul Album (au mois d'avril) inclut un nouvel hommage à Sam Cooke (« Chain Gang »), et Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionnary Of Soul (au mois de septembre), qui offre sans nul doute l'une des chansons les plus sophistiquées du maître. « Try A Little Tenderness », composition anglo-américaine qui avait fait les beaux jours de Broadway, avait par le passé séduit Aretha Franklin et Sam Cooke. Les quatre MG's, l'orgue d'Isaac Hayes (et ses idées d'agencement, dont il reprendra certaines pour la musique du film Shaft), et la section de cuivres maison, participent à ce triomphe de progression mélodique, cernée d'arrangements d'une bouleversante pertinence. Mais la chanson prend naturellement toute sa dimension grâce aux improvisations finales du chanteur, d'une éblouissante beauté. Jim Stewart, propriétaire des lieux, considère que « Try » est la plus belle chanson gravée chez Stax. C'est vraisemblablement une erreur, car il s'agit en fait de la plus belle chanson jamais gravée. Egalement au programme de cet album, un « Fa Fa Fa Fa Fa (Sad Song) », en hommage direct à la manière qu'avait le chanteur de fredonner les riffs de sa section de cuivres, nouvelle authentique réussite. L'année s'achève dans une anecdote qui permet de mieux cerner l'aura d'Otis Redding : Bob Dylan remet au roi de la soul un acétate de « Just Like A Woman », espérant une version du maître. Redding écoute alors l'enregistrement, et sanctionne : « c'est pas mal, mais il faut que tu refasses le texte, il y a trop de mots ! ».

Légende de toutes les couleurs Au mois de janvier 1967, fortement induit par Jim Stewart, le disque King and Queen voit le jour. Il s'agit d'un album concept réunissant Redding et Carla Thomas (surnommée la Reine de la Soul de Memphis), et l'histoire retiendra de l'aventure une très dynamique version du « Knock On Wood » d'Eddie Floyd (« Aussi dur que du bois » dans la bouche de Johnny Hallyday), ainsi qu'une hilarante et syncopée adaptation du « Tramp » de Lowell Fulson (brillant guitariste de soul & blues). Dans cette dernière chanson, les deux artistes passent leur temps à s'injurier, faisant preuve d'une extraordinaire imagination en matière de termes fleuris. Les deux titres connaîtront un parcours triomphal dans les hit-parades. Le succès de l'album incite Redding à planifier un enregistrement annuel de duos (de préférence durant la période de Noël), et à se tourner vers Aretha Franklin afin de creuser le projet. Autres perspectives de travail : le chanteur envisage d'enregistrer de nouveau ses propres standards, ralentissant les morceaux rapides, et accélérant les ballades ! Dans le même registre, le chanteur se transforme en producteur, offrant à Arthur Conley (qui a grandi à Atlanta) son succès le plus renversant (« Sweet Soul Music », deuxième place des ventes pop, et plus bel hommage jamais enregistré à ce genre musical). Une invraisemblable brigade (Carla Thomas, Sam & Dave, Conley, Eddie Floyd, Booker T. & the MG's, les Mar-Keys et Redding) s'envolent ensuite pour une tournée européenne (intitulée en un clind'œil à Ray Charles Hit the Road, Stax !) de plus de trente dates, trente triomphes dans un printemps de folie. Paris, Londres, Oslo, Copenhague ou La Haye sont à genoux, les disques Stax sont désormais distribués partout sur le continent, quatre enregistrements de concerts sont édités, et Otis Redding devient la star absolue du genre, devançant même Elvis Presley dans les référendums. Au mois de juin, la conquête du marché blanc se poursuit pour Otis, avec une brillante prestation au festival pop de Monterey, qui débouchera sur la sortie d'un album, partagé avec Jimi Hendrix. La participation bénévole de la star à ce rendez-vous californien (aux côtés des Who, d'Hendrix, de Janis Joplin ou du Jefferson Airplane) constitue également la rencontre éruptive de deux univers : celui de la soul music avec une philosophie hippie naissante (trois jours de paix, de défonce et d'amour libre). Sur scène, des musiciens noirs en costumes de mohair vert, face à eux, 55 000 spectateurs en chemises à fleurs... Après ce triomphe, Otis Redding subit une ablation de polypes à la gorge, qui le laisse littéralement sans voix plusieurs semaines durant. C'est donc avec anxiété, puis jubilation, qu'il retrouve le chemin des studios, pour d'ultimes séances où seront enregistrées « The Happy Song (Dum-Dum-Dum-De-De-De-Dum-Dum) » en évidente allusion au « Sad Song » précédent,

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I've Got Dreams To Remember », « Amen » ou « Love Man », toutes compositions qui feront l'objet d'exploitations posthumes. C'est également pendant cette période de bonheur, de fête, et de joie créatrice, qu'est composée, sur un bateau au large de Sausalito, la chanson de Redding que retiendra l'histoire. « (Sittin' On) The Dock Of The Bay », tentative avérée - et probante - d'attaquer de front le marché pop, est enregistrée le 22 novembre. La marque de fabrique de ce tube immortel (les sifflements à la fin du morceau) ne sont pas dus à une démarche esthétique du chanteur : il a tout simplement oublié les paroles du dernier couplet ! Le 7 décembre, Redding et son nouveau groupe, les Bar-Kays (second groupe maison de Stax, il affiche alors un tube renversant, « Soul Finger »), s'envolent pour un concert à Nashville. Puis, ils participent le lendemain à une émission de radio à Cleveland. Le 10 décembre, ils décollent pour Madison, Wisconsin. Le Beechcraft à double motorisation (propriété de Redding) n'arrivera jamais à destination, disparaissant dans les eaux du lac Monona, à trois kilomètres de sa destination. Deux seuls musiciens survivent : le premier, car l'avion trop petit l'avait contraint à emprunter un vol commercial, le deuxième miraculeusement éjecté de l'avion, avant qu'il ne s'abîme dans les flots. Par une macabre coïncidence et triste anniversaire, trois ans auparavant jour pour jour, Sam Cooke était abattu dans un motel angeleno. Otis Redding fut inhumé à l'âge de vingt-six ans, en présence d'une foule immense et des plus grands noms de la soul, à Macon, où, depuis 2002, est érigée une statue à son image. On accède désormais à cette ville du sud de 120 000 habitants par l'Otis Redding Bridge. Commercialisé le 8 janvier 1968, « (Sittin'On) Dock Of the Bay » se vend à un million d'exemplaires. Elle vaudra à son créateur un double Grammy, d'auteur et d'interprète. Le disque sera suivi d'autres réalisations posthumes, plus riches de bonne musique que grevées d'une funeste exploitation. Ses fils Dexter et Otis Redding III formèrent à la fin des années soixante-dix un groupe, The Reddings, qui connut son heure de gloire. Leur père a été élu au Rock & Roll Hall of Fame en 1989.  Avec vingt et un 45-tours classés de son vivant (et dix de plus après sa disparition), Otis Redding représente naturellement l'artiste majeur de l'écurie Stax, et de tout un genre musical. Il est rentré dans l'histoire grâce à une simple interjection de deux syllabes (Gotta Gotta), comme une marque de fabrique. Ray Charles séduisit le marché blanc grâce à ses emprunts à la country. Sam Cooke opta délibérément pour la plus extrême des sophistications. Otis Redding, quant à lui, nourrit la fièvre de son art de l'électricité du rock. Mais sa mort sanctionne également celle d'une époque, créative, insouciante, et débridée. Personne ne saura jamais vers où allait évoluer Redding. Le monde a simplement continué à tourner, et a changé sans lui. Ses disques permettent en fait, non pas d'imaginer ce que le chanteur aurait pu être, mais de constater ce qu'il est : immense, et pour toujours.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

« Il n'y avait qu'un radiateur dans les studios Stax, posé à côté de la batterie. Al était en t.shirt, et nous, de l'autre côté de la pièce, en manteaux et gants ! » Wayne Jackson« D'accord, vous pouvez le mettre sur un piédestal, en faire une idole, mais ce n'était pas une putain d'idole. C'était un être humain, c'est tout. » Johnny Jenkins

Petit garçon noir et pauvre

Otis Redding est né le 9 septembre 1941, dans la petite ville de Dawson, en Géorgie, qu'il ne connaît que le temps d'un déménagement, trois ans plus tard, à Macon (ville natale de Little Richard et de Randy Crawford, qui avait acclamé les débuts professionnels de James Brown, et qui verra plus tard s'épanouir le talent des Allman Brothers Band), située dans le même état. Au faîte de sa gloire, il deviendra par ailleurs Maire honoraire de cette cité. Pour l'heure, la famille s'installe dans un quartier à loyers modérés. Sa mère, Fannie, lui offre quatre sœurs et un frère, Rodgers. Son père, Otis senior, subsiste (et fait vivre sa famille) en cumulant deux emplois : le premier dans la base aérienne militaire de Robins, le deuxième comme prêtre de la communauté. Des ennuis de santé (il souffre de tuberculose) lui interdisent malheureusement de poursuivre dans cette voie : le jeune Otis, quant à lui, doit quitter précocement le lycée Ballard-Hudson, et embrasser divers petits métiers (pompiste, puisatier), afin de ramener quelque argent à la maison. Les premiers contacts du jeune garçon avec la musique sont parfaitement communs au vécu d'un jeune noir durant cette décennie : il pratique le gospel à l'église, et devient même le batteur (à raison de six dollars la séance, et après avoir inculqué quelques rudiments de l'instrument à l'école) de divers ensembles se produisant dans les lieux de culte, ou durant des émissions sur WIBB, radio locale. Il chante également dans un groupe amateur, se frottant pour l'occasion à la pratique de piano et guitare.

Grand garçon noir et pauvre

En 1958, Redding part en tournée avec the Upsetters, ancien backing-band de Little Richard, et truste l'intégralité des concours amateurs de chant auxquels il participe. En 1960, Redding s'installe quelques mois chez l'un de ses sœurs, à Los Angeles. Il y est laveur de voiture le jour, chanteur la nuit, et trouve l'opportunité d'enregistrer deux 45 tours. Le jeune homme, de retour à Macon, se marie (sa jeune épouse se prénomme Zelma, et ils auront ensemble deux beaux garçons), enregistre un troisième disque toujours sous influence (Sam Cooke), et rencontre le guitariste Johnny Jenkins. Ce gaucher, à la moustache faconde, et au style épileptique (il se fait une spécialité d'enchaîner les soli...la tête en bas), sera d'une profonde influence dans le jeu de Jimi Hendrix. Pour l'heure, Phil Walden, patron du label Capricorn records, manager de Jenkins, adolescent, blanc et enthousiaste, aide le musicien à monter un nouveau groupe local, the Pinetoppers. Walden est un authentique fan de musique noir, ce qui n'est pas sans poser problème, dans la mesure où, application stricte des lois de ségrégation raciale oblige, il ne peut applaudir sur scène les artistes noirs qu'il manage ! En tout état de cause, Otis « Rockhouse » Redding est ainsi intégré dans le groupe comme chauffeur, valet, puis...chanteur principal, développant un style calqué en tout point sur celui de la star de la ville, Little Richard. Redding se fait par ailleurs une spécialité d'imiter à la demande tous les grands chanteurs noirs de l'époque.En 1962, Jenkins et le jeune vocaliste se rendent dans les studios Stax de Memphis, pour y enregistrer pour le compte du distributeur Atlantic. Le projet, ourdi par Walden, est, non seulement de permettre la gravure d'un nouveau succès pour le guitariste, mais également d'autoriser Otis à se frotter à la réalité d'un studio, et ce face au groupe d'accompagnateurs maison, le plus huppé du moment : Booker T. & the MG's (comprenant outre les claviers de Booker T. Jones, le bassiste Donald « Duck » Dunn, le batteur Al Jackson, et le guitariste Steve Cropper). Comme il reste un peu de temps en fin de séance (Booker T., fatigué, est rentré chez lui, laissant le clavier à son futur légendaire guitariste), Redding en profite pour placer l'une de ses compositions, « These Arms Of Mine », composée deux années auparavant. Le trémolo dévastateur du chanteur fait merveille dans cette ballade, dont le but principal reste le rapprochement des points de vue, et des couples de danseurs. Dans une étincelante intuition, le chanteur décide de parler à la fin de la chanson, lui offrant par-là même une spécificité tout à fait originale. Jim Stewart, patron de Stax, en concevra une totale fixation sur les ballades interprétées par Otis, exigeant que tous les enregistrements de Redding en comprennent une proportion raisonnable. Walden, quant à lui, est subjugué, et la carrière du jeune chanteur est lancée. Par souci de réciprocité, ce dernier proposera à Jenkins d'intégrer son groupe de tournée : le guitariste refusera...par peur de l'avion.Constatant que le disque ne se vend pas, Stewart concède ses droits au DJ d'une radio de Nashville : après plusieurs mois de matraquage, « These Arms »...atteint la vingtième position des classements de vente rhythm and blues : la période des vaches maigres est révolue. Les tournées, épiques (tout le monde était armé dans le groupe, et toujours sur le qui-vive) se succèdent. Redding doit toutefois attendre 1963 pour enregistrer un nouveau disque, où il déploie toute la technique acquise au contact du gospel. Quelques mois plus tard, « Pain In My Heart » (nouvelle ballade), démontre le chemin parcouru par le jeune artiste : la chanson, parfaite de romantisme, et de mise en scène, sera un succès signé Redding...jusqu'à ce qu'Allen Toussaint, producteur de la Nouvelle-Orléans, revendique la paternité d'une mélodie étrangement semblable, composée pour la chanteuse Irma Thomas. Le contentieux se règlera au gré à gré par un partage des royalties.Les disques s'enchaînent, qui permettent à Otis de développer, outre une technique vocale parfaitement maîtrisée (en particulier dans l'usage intensif du contretemps, et du falsetto), un sens des arrangements tout à fait innovants : l'utilisation des triolets du piano, d'une section de cuivres (les Mar-Keys) omniprésente dans les morceaux rapides, de l'orgue en réminiscence de la musique d'église, et d'une étonnante guitare dans les contrepoints et ornementations, reste tout à fait inédite pour l'époque. On considère naturellement l'orchestre de Booker T. Jones comme un artisan à parité de ces bouleversements. C'est en février 1964 qu'est édité le premier album d'Otis Redding, Pain In My Heart. Tout comme son successeur, The Great Otis Redding Sings Soul Ballads (mars 1965) peu ou prou compilation de singles, il n'a qu'une modeste carrière dans les hit-parades. Ces diverses sessions ont au moins le mérite de générer la rencontre avec un autre grand nom de la musique noire américaine, en la personne d'Isaac Hayes. Ce dernier mettra ses divers talents au service du chanteur jusqu'à sa disparition.

Grand homme noir

Le disque suivant, « Mr Pitiful » (« Monsieur piteux état » , allusion au ton navré de Redding dans les ballades, mais également en souvenir de temps impécunieux), constitue une double innovation : il s'agit de la première chanson écrite en compagnie de Steve Cropper, et c'est le premier disque de Redding à se frayer un chemin dans les premières places des classements de ventes. La face B du 45-tours (« That's How Strong My love Is ») constitue une espèce de Sacré Graal de la ballade soul, bénéficiant de la commercialisation quasi simultanée de trois versions, celle de Redding, du chanteur O.V. Wright, et des Rolling Stones.En juin 1965 est édité ce qui reste comme le chef d'œuvre d'Otis Redding, l'album Otis Blue, Otis Redding Sings Soul. Entraîné par l'impérial « I've Been Loving You Too Long » (composée en compagnie de Jerry Butler, dans une chambre d'hôtel de Buffalo), un « Respect » - en écho des émeutes sanglantes de Watts et de Harlem - magnifié quelque temps plus tard par Aretha Franklin (qui le transforma en numero uno), un « Rock Me Baby » agrémenté d'un sublime solo de guitare signé Steve Cropper, et un hommage à Sam Cooke, disparu six mois auparavant, le disque se classe à la fois dans les hit-parades pop et rhythm and blues (dont il atteint la pole position). On peut également y entendre une version du « Satisfaction » de Jagger et Richards, alors que les deux britanniques ont toujours clamé avoir composé cette chanson en hommage au style de l'Américain. Conséquent d'une séance de vingt-quatre heures entrecoupée d'un concert (sic), cet enregistrement figure de manière indéracinable dans la liste des cent plus grands disques de tous les temps, éditée par le magazine anglais New Musical Express. Redding vend désormais près de 250 000 copies de ses enregistrements, ce qui en fait à l'époque un poids lourd de la chanson. Celui qu'on surnomme désormais « Big O. » traverse son existence de musicien comme une locomotive sans frein, et poursuit les enregistrements historiques avec « I Can't Turn You Loose » (et son riff démoniaque), une autre balade mémorable (« Just One More Day »), et l'enregistrement d'un concert Otis Redding In Person At The Whisky A Gogo (avril 1966) qui ne sera publié que de manière posthume. Comme il lui reste quelque temps libre en 1966, le chanteur en profite pour enregistrer deux nouveaux chefs d'œuvre : The Soul Album (au mois d'avril) inclut un nouvel hommage à Sam Cooke (« Chain Gang »), et Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionnary Of Soul (au mois de septembre), qui offre sans nul doute l'une des chansons les plus sophistiquées du maître. « Try A Little Tenderness », composition anglo-américaine qui avait fait les beaux jours de Broadway, avait par le passé séduit Aretha Franklin et Sam Cooke. Les quatre MG's, l'orgue d'Isaac Hayes (et ses idées d'agencement, dont il reprendra certaines pour la musique du film Shaft), et la section de cuivres maison, participent à ce triomphe de progression mélodique, cernée d'arrangements d'une bouleversante pertinence. Mais la chanson prend naturellement toute sa dimension grâce aux improvisations finales du chanteur, d'une éblouissante beauté. Jim Stewart, propriétaire des lieux, considère que « Try » est la plus belle chanson gravée chez Stax. C'est vraisemblablement une erreur, car il s'agit en fait de la plus belle chanson jamais gravée. Egalement au programme de cet album, un « Fa Fa Fa Fa Fa (Sad Song) », en hommage direct à la manière qu'avait le chanteur de fredonner les riffs de sa section de cuivres, nouvelle authentique réussite. L'année s'achève dans une anecdote qui permet de mieux cerner l'aura d'Otis Redding : Bob Dylan remet au roi de la soul un acétate de « Just Like A Woman », espérant une version du maître. Redding écoute alors l'enregistrement, et sanctionne : « c'est pas mal, mais il faut que tu refasses le texte, il y a trop de mots ! ».

Légende de toutes les couleurs Au mois de janvier 1967, fortement induit par Jim Stewart, le disque King and Queen voit le jour. Il s'agit d'un album concept réunissant Redding et Carla Thomas (surnommée la Reine de la Soul de Memphis), et l'histoire retiendra de l'aventure une très dynamique version du « Knock On Wood » d'Eddie Floyd (« Aussi dur que du bois » dans la bouche de Johnny Hallyday), ainsi qu'une hilarante et syncopée adaptation du « Tramp » de Lowell Fulson (brillant guitariste de soul & blues). Dans cette dernière chanson, les deux artistes passent leur temps à s'injurier, faisant preuve d'une extraordinaire imagination en matière de termes fleuris. Les deux titres connaîtront un parcours triomphal dans les hit-parades. Le succès de l'album incite Redding à planifier un enregistrement annuel de duos (de préférence durant la période de Noël), et à se tourner vers Aretha Franklin afin de creuser le projet. Autres perspectives de travail : le chanteur envisage d'enregistrer de nouveau ses propres standards, ralentissant les morceaux rapides, et accélérant les ballades ! Dans le même registre, le chanteur se transforme en producteur, offrant à Arthur Conley (qui a grandi à Atlanta) son succès le plus renversant (« Sweet Soul Music », deuxième place des ventes pop, et plus bel hommage jamais enregistré à ce genre musical). Une invraisemblable brigade (Carla Thomas, Sam & Dave, Conley, Eddie Floyd, Booker T. & the MG's, les Mar-Keys et Redding) s'envolent ensuite pour une tournée européenne (intitulée en un clind'œil à Ray Charles Hit the Road, Stax !) de plus de trente dates, trente triomphes dans un printemps de folie. Paris, Londres, Oslo, Copenhague ou La Haye sont à genoux, les disques Stax sont désormais distribués partout sur le continent, quatre enregistrements de concerts sont édités, et Otis Redding devient la star absolue du genre, devançant même Elvis Presley dans les référendums. Au mois de juin, la conquête du marché blanc se poursuit pour Otis, avec une brillante prestation au festival pop de Monterey, qui débouchera sur la sortie d'un album, partagé avec Jimi Hendrix. La participation bénévole de la star à ce rendez-vous californien (aux côtés des Who, d'Hendrix, de Janis Joplin ou du Jefferson Airplane) constitue également la rencontre éruptive de deux univers : celui de la soul music avec une philosophie hippie naissante (trois jours de paix, de défonce et d'amour libre). Sur scène, des musiciens noirs en costumes de mohair vert, face à eux, 55 000 spectateurs en chemises à fleurs... Après ce triomphe, Otis Redding subit une ablation de polypes à la gorge, qui le laisse littéralement sans voix plusieurs semaines durant. C'est donc avec anxiété, puis jubilation, qu'il retrouve le chemin des studios, pour d'ultimes séances où seront enregistrées « The Happy Song (Dum-Dum-Dum-De-De-De-Dum-Dum) » en évidente allusion au « Sad Song » précédent,

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I've Got Dreams To Remember », « Amen » ou « Love Man », toutes compositions qui feront l'objet d'exploitations posthumes. C'est également pendant cette période de bonheur, de fête, et de joie créatrice, qu'est composée, sur un bateau au large de Sausalito, la chanson de Redding que retiendra l'histoire. « (Sittin' On) The Dock Of The Bay », tentative avérée - et probante - d'attaquer de front le marché pop, est enregistrée le 22 novembre. La marque de fabrique de ce tube immortel (les sifflements à la fin du morceau) ne sont pas dus à une démarche esthétique du chanteur : il a tout simplement oublié les paroles du dernier couplet ! Le 7 décembre, Redding et son nouveau groupe, les Bar-Kays (second groupe maison de Stax, il affiche alors un tube renversant, « Soul Finger »), s'envolent pour un concert à Nashville. Puis, ils participent le lendemain à une émission de radio à Cleveland. Le 10 décembre, ils décollent pour Madison, Wisconsin. Le Beechcraft à double motorisation (propriété de Redding) n'arrivera jamais à destination, disparaissant dans les eaux du lac Monona, à trois kilomètres de sa destination. Deux seuls musiciens survivent : le premier, car l'avion trop petit l'avait contraint à emprunter un vol commercial, le deuxième miraculeusement éjecté de l'avion, avant qu'il ne s'abîme dans les flots. Par une macabre coïncidence et triste anniversaire, trois ans auparavant jour pour jour, Sam Cooke était abattu dans un motel angeleno. Otis Redding fut inhumé à l'âge de vingt-six ans, en présence d'une foule immense et des plus grands noms de la soul, à Macon, où, depuis 2002, est érigée une statue à son image. On accède désormais à cette ville du sud de 120 000 habitants par l'Otis Redding Bridge. Commercialisé le 8 janvier 1968, « (Sittin'On) Dock Of the Bay » se vend à un million d'exemplaires. Elle vaudra à son créateur un double Grammy, d'auteur et d'interprète. Le disque sera suivi d'autres réalisations posthumes, plus riches de bonne musique que grevées d'une funeste exploitation. Ses fils Dexter et Otis Redding III formèrent à la fin des années soixante-dix un groupe, The Reddings, qui connut son heure de gloire. Leur père a été élu au Rock & Roll Hall of Fame en 1989.  Avec vingt et un 45-tours classés de son vivant (et dix de plus après sa disparition), Otis Redding représente naturellement l'artiste majeur de l'écurie Stax, et de tout un genre musical. Il est rentré dans l'histoire grâce à une simple interjection de deux syllabes (Gotta Gotta), comme une marque de fabrique. Ray Charles séduisit le marché blanc grâce à ses emprunts à la country. Sam Cooke opta délibérément pour la plus extrême des sophistications. Otis Redding, quant à lui, nourrit la fièvre de son art de l'électricité du rock. Mais sa mort sanctionne également celle d'une époque, créative, insouciante, et débridée. Personne ne saura jamais vers où allait évoluer Redding. Le monde a simplement continué à tourner, et a changé sans lui. Ses disques permettent en fait, non pas d'imaginer ce que le chanteur aurait pu être, mais de constater ce qu'il est : immense, et pour toujours.

Copyright 2014 Music Story Christian Larrède

« Il n'y avait qu'un radiateur dans les studios Stax, posé à côté de la batterie. Al était en t.shirt, et nous, de l'autre côté de la pièce, en manteaux et gants ! » Wayne Jackson« D'accord, vous pouvez le mettre sur un piédestal, en faire une idole, mais ce n'était pas une putain d'idole. C'était un être humain, c'est tout. » Johnny Jenkins

Petit garçon noir et pauvre

Otis Redding est né le 9 septembre 1941, dans la petite ville de Dawson, en Géorgie, qu'il ne connaît que le temps d'un déménagement, trois ans plus tard, à Macon (ville natale de Little Richard et de Randy Crawford, qui avait acclamé les débuts professionnels de James Brown, et qui verra plus tard s'épanouir le talent des Allman Brothers Band), située dans le même état. Au faîte de sa gloire, il deviendra par ailleurs Maire honoraire de cette cité. Pour l'heure, la famille s'installe dans un quartier à loyers modérés. Sa mère, Fannie, lui offre quatre sœurs et un frère, Rodgers. Son père, Otis senior, subsiste (et fait vivre sa famille) en cumulant deux emplois : le premier dans la base aérienne militaire de Robins, le deuxième comme prêtre de la communauté. Des ennuis de santé (il souffre de tuberculose) lui interdisent malheureusement de poursuivre dans cette voie : le jeune Otis, quant à lui, doit quitter précocement le lycée Ballard-Hudson, et embrasser divers petits métiers (pompiste, puisatier), afin de ramener quelque argent à la maison. Les premiers contacts du jeune garçon avec la musique sont parfaitement communs au vécu d'un jeune noir durant cette décennie : il pratique le gospel à l'église, et devient même le batteur (à raison de six dollars la séance, et après avoir inculqué quelques rudiments de l'instrument à l'école) de divers ensembles se produisant dans les lieux de culte, ou durant des émissions sur WIBB, radio locale. Il chante également dans un groupe amateur, se frottant pour l'occasion à la pratique de piano et guitare.

Grand garçon noir et pauvre

En 1958, Redding part en tournée avec the Upsetters, ancien backing-band de Little Richard, et truste l'intégralité des concours amateurs de chant auxquels il participe. En 1960, Redding s'installe quelques mois chez l'un de ses sœurs, à Los Angeles. Il y est laveur de voiture le jour, chanteur la nuit, et trouve l'opportunité d'enregistrer deux 45 tours. Le jeune homme, de retour à Macon, se marie (sa jeune épouse se prénomme Zelma, et ils auront ensemble deux beaux garçons), enregistre un troisième disque toujours sous influence (Sam Cooke), et rencontre le guitariste Johnny Jenkins. Ce gaucher, à la moustache faconde, et au style épileptique (il se fait une spécialité d'enchaîner les soli...la tête en bas), sera d'une profonde influence dans le jeu de Jimi Hendrix. Pour l'heure, Phil Walden, patron du label Capricorn records, manager de Jenkins, adolescent, blanc et enthousiaste, aide le musicien à monter un nouveau groupe local, the Pinetoppers. Walden est un authentique fan de musique noir, ce qui n'est pas sans poser problème, dans la mesure où, application stricte des lois de ségrégation raciale oblige, il ne peut applaudir sur scène les artistes noirs qu'il manage ! En tout état de cause, Otis « Rockhouse » Redding est ainsi intégré dans le groupe comme chauffeur, valet, puis...chanteur principal, développant un style calqué en tout point sur celui de la star de la ville, Little Richard. Redding se fait par ailleurs une spécialité d'imiter à la demande tous les grands chanteurs noirs de l'époque.En 1962, Jenkins et le jeune vocaliste se rendent dans les studios Stax de Memphis, pour y enregistrer pour le compte du distributeur Atlantic. Le projet, ourdi par Walden, est, non seulement de permettre la gravure d'un nouveau succès pour le guitariste, mais également d'autoriser Otis à se frotter à la réalité d'un studio, et ce face au groupe d'accompagnateurs maison, le plus huppé du moment : Booker T. & the MG's (comprenant outre les claviers de Booker T. Jones, le bassiste Donald « Duck » Dunn, le batteur Al Jackson, et le guitariste Steve Cropper). Comme il reste un peu de temps en fin de séance (Booker T., fatigué, est rentré chez lui, laissant le clavier à son futur légendaire guitariste), Redding en profite pour placer l'une de ses compositions, « These Arms Of Mine », composée deux années auparavant. Le trémolo dévastateur du chanteur fait merveille dans cette ballade, dont le but principal reste le rapprochement des points de vue, et des couples de danseurs. Dans une étincelante intuition, le chanteur décide de parler à la fin de la chanson, lui offrant par-là même une spécificité tout à fait originale. Jim Stewart, patron de Stax, en concevra une totale fixation sur les ballades interprétées par Otis, exigeant que tous les enregistrements de Redding en comprennent une proportion raisonnable. Walden, quant à lui, est subjugué, et la carrière du jeune chanteur est lancée. Par souci de réciprocité, ce dernier proposera à Jenkins d'intégrer son groupe de tournée : le guitariste refusera...par peur de l'avion.Constatant que le disque ne se vend pas, Stewart concède ses droits au DJ d'une radio de Nashville : après plusieurs mois de matraquage, « These Arms »...atteint la vingtième position des classements de vente rhythm and blues : la période des vaches maigres est révolue. Les tournées, épiques (tout le monde était armé dans le groupe, et toujours sur le qui-vive) se succèdent. Redding doit toutefois attendre 1963 pour enregistrer un nouveau disque, où il déploie toute la technique acquise au contact du gospel. Quelques mois plus tard, « Pain In My Heart » (nouvelle ballade), démontre le chemin parcouru par le jeune artiste : la chanson, parfaite de romantisme, et de mise en scène, sera un succès signé Redding...jusqu'à ce qu'Allen Toussaint, producteur de la Nouvelle-Orléans, revendique la paternité d'une mélodie étrangement semblable, composée pour la chanteuse Irma Thomas. Le contentieux se règlera au gré à gré par un partage des royalties.Les disques s'enchaînent, qui permettent à Otis de développer, outre une technique vocale parfaitement maîtrisée (en particulier dans l'usage intensif du contretemps, et du falsetto), un sens des arrangements tout à fait innovants : l'utilisation des triolets du piano, d'une section de cuivres (les Mar-Keys) omniprésente dans les morceaux rapides, de l'orgue en réminiscence de la musique d'église, et d'une étonnante guitare dans les contrepoints et ornementations, reste tout à fait inédite pour l'époque. On considère naturellement l'orchestre de Booker T. Jones comme un artisan à parité de ces bouleversements. C'est en février 1964 qu'est édité le premier album d'Otis Redding, Pain In My Heart. Tout comme son successeur, The Great Otis Redding Sings Soul Ballads (mars 1965) peu ou prou compilation de singles, il n'a qu'une modeste carrière dans les hit-parades. Ces diverses sessions ont au moins le mérite de générer la rencontre avec un autre grand nom de la musique noire américaine, en la personne d'Isaac Hayes. Ce dernier mettra ses divers talents au service du chanteur jusqu'à sa disparition.

Grand homme noir

Le disque suivant, « Mr Pitiful » (« Monsieur piteux état » , allusion au ton navré de Redding dans les ballades, mais également en souvenir de temps impécunieux), constitue une double innovation : il s'agit de la première chanson écrite en compagnie de Steve Cropper, et c'est le premier disque de Redding à se frayer un chemin dans les premières places des classements de ventes. La face B du 45-tours (« That's How Strong My love Is ») constitue une espèce de Sacré Graal de la ballade soul, bénéficiant de la commercialisation quasi simultanée de trois versions, celle de Redding, du chanteur O.V. Wright, et des Rolling Stones.En juin 1965 est édité ce qui reste comme le chef d'œuvre d'Otis Redding, l'album Otis Blue, Otis Redding Sings Soul. Entraîné par l'impérial « I've Been Loving You Too Long » (composée en compagnie de Jerry Butler, dans une chambre d'hôtel de Buffalo), un « Respect » - en écho des émeutes sanglantes de Watts et de Harlem - magnifié quelque temps plus tard par Aretha Franklin (qui le transforma en numero uno), un « Rock Me Baby » agrémenté d'un sublime solo de guitare signé Steve Cropper, et un hommage à Sam Cooke, disparu six mois auparavant, le disque se classe à la fois dans les hit-parades pop et rhythm and blues (dont il atteint la pole position). On peut également y entendre une version du « Satisfaction » de Jagger et Richards, alors que les deux britanniques ont toujours clamé avoir composé cette chanson en hommage au style de l'Américain. Conséquent d'une séance de vingt-quatre heures entrecoupée d'un concert (sic), cet enregistrement figure de manière indéracinable dans la liste des cent plus grands disques de tous les temps, éditée par le magazine anglais New Musical Express. Redding vend désormais près de 250 000 copies de ses enregistrements, ce qui en fait à l'époque un poids lourd de la chanson. Celui qu'on surnomme désormais « Big O. » traverse son existence de musicien comme une locomotive sans frein, et poursuit les enregistrements historiques avec « I Can't Turn You Loose » (et son riff démoniaque), une autre balade mémorable (« Just One More Day »), et l'enregistrement d'un concert Otis Redding In Person At The Whisky A Gogo (avril 1966) qui ne sera publié que de manière posthume. Comme il lui reste quelque temps libre en 1966, le chanteur en profite pour enregistrer deux nouveaux chefs d'œuvre : The Soul Album (au mois d'avril) inclut un nouvel hommage à Sam Cooke (« Chain Gang »), et Complete & Unbelievable : The Otis Redding Dictionnary Of Soul (au mois de septembre), qui offre sans nul doute l'une des chansons les plus sophistiquées du maître. « Try A Little Tenderness », composition anglo-américaine qui avait fait les beaux jours de Broadway, avait par le passé séduit Aretha Franklin et Sam Cooke. Les quatre MG's, l'orgue d'Isaac Hayes (et ses idées d'agencement, dont il reprendra certaines pour la musique du film Shaft), et la section de cuivres maison, participent à ce triomphe de progression mélodique, cernée d'arrangements d'une bouleversante pertinence. Mais la chanson prend naturellement toute sa dimension grâce aux improvisations finales du chanteur, d'une éblouissante beauté. Jim Stewart, propriétaire des lieux, considère que « Try » est la plus belle chanson gravée chez Stax. C'est vraisemblablement une erreur, car il s'agit en fait de la plus belle chanson jamais gravée. Egalement au programme de cet album, un « Fa Fa Fa Fa Fa (Sad Song) », en hommage direct à la manière qu'avait le chanteur de fredonner les riffs de sa section de cuivres, nouvelle authentique réussite. L'année s'achève dans une anecdote qui permet de mieux cerner l'aura d'Otis Redding : Bob Dylan remet au roi de la soul un acétate de « Just Like A Woman », espérant une version du maître. Redding écoute alors l'enregistrement, et sanctionne : « c'est pas mal, mais il faut que tu refasses le texte, il y a trop de mots ! ».

Légende de toutes les couleurs Au mois de janvier 1967, fortement induit par Jim Stewart, le disque King and Queen voit le jour. Il s'agit d'un album concept réunissant Redding et Carla Thomas (surnommée la Reine de la Soul de Memphis), et l'histoire retiendra de l'aventure une très dynamique version du « Knock On Wood » d'Eddie Floyd (« Aussi dur que du bois » dans la bouche de Johnny Hallyday), ainsi qu'une hilarante et syncopée adaptation du « Tramp » de Lowell Fulson (brillant guitariste de soul & blues). Dans cette dernière chanson, les deux artistes passent leur temps à s'injurier, faisant preuve d'une extraordinaire imagination en matière de termes fleuris. Les deux titres connaîtront un parcours triomphal dans les hit-parades. Le succès de l'album incite Redding à planifier un enregistrement annuel de duos (de préférence durant la période de Noël), et à se tourner vers Aretha Franklin afin de creuser le projet. Autres perspectives de travail : le chanteur envisage d'enregistrer de nouveau ses propres standards, ralentissant les morceaux rapides, et accélérant les ballades ! Dans le même registre, le chanteur se transforme en producteur, offrant à Arthur Conley (qui a grandi à Atlanta) son succès le plus renversant (« Sweet Soul Music », deuxième place des ventes pop, et plus bel hommage jamais enregistré à ce genre musical). Une invraisemblable brigade (Carla Thomas, Sam & Dave, Conley, Eddie Floyd, Booker T. & the MG's, les Mar-Keys et Redding) s'envolent ensuite pour une tournée européenne (intitulée en un clind'œil à Ray Charles Hit the Road, Stax !) de plus de trente dates, trente triomphes dans un printemps de folie. Paris, Londres, Oslo, Copenhague ou La Haye sont à genoux, les disques Stax sont désormais distribués partout sur le continent, quatre enregistrements de concerts sont édités, et Otis Redding devient la star absolue du genre, devançant même Elvis Presley dans les référendums. Au mois de juin, la conquête du marché blanc se poursuit pour Otis, avec une brillante prestation au festival pop de Monterey, qui débouchera sur la sortie d'un album, partagé avec Jimi Hendrix. La participation bénévole de la star à ce rendez-vous californien (aux côtés des Who, d'Hendrix, de Janis Joplin ou du Jefferson Airplane) constitue également la rencontre éruptive de deux univers : celui de la soul music avec une philosophie hippie naissante (trois jours de paix, de défonce et d'amour libre). Sur scène, des musiciens noirs en costumes de mohair vert, face à eux, 55 000 spectateurs en chemises à fleurs... Après ce triomphe, Otis Redding subit une ablation de polypes à la gorge, qui le laisse littéralement sans voix plusieurs semaines durant. C'est donc avec anxiété, puis jubilation, qu'il retrouve le chemin des studios, pour d'ultimes séances où seront enregistrées « The Happy Song (Dum-Dum-Dum-De-De-De-Dum-Dum) » en évidente allusion au « Sad Song » précédent,

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I've Got Dreams To Remember », « Amen » ou « Love Man », toutes compositions qui feront l'objet d'exploitations posthumes. C'est également pendant cette période de bonheur, de fête, et de joie créatrice, qu'est composée, sur un bateau au large de Sausalito, la chanson de Redding que retiendra l'histoire. « (Sittin' On) The Dock Of The Bay », tentative avérée - et probante - d'attaquer de front le marché pop, est enregistrée le 22 novembre. La marque de fabrique de ce tube immortel (les sifflements à la fin du morceau) ne sont pas dus à une démarche esthétique du chanteur : il a tout simplement oublié les paroles du dernier couplet ! Le 7 décembre, Redding et son nouveau groupe, les Bar-Kays (second groupe maison de Stax, il affiche alors un tube renversant, « Soul Finger »), s'envolent pour un concert à Nashville. Puis, ils participent le lendemain à une émission de radio à Cleveland. Le 10 décembre, ils décollent pour Madison, Wisconsin. Le Beechcraft à double motorisation (propriété de Redding) n'arrivera jamais à destination, disparaissant dans les eaux du lac Monona, à trois kilomètres de sa destination. Deux seuls musiciens survivent : le premier, car l'avion trop petit l'avait contraint à emprunter un vol commercial, le deuxième miraculeusement éjecté de l'avion, avant qu'il ne s'abîme dans les flots. Par une macabre coïncidence et triste anniversaire, trois ans auparavant jour pour jour, Sam Cooke était abattu dans un motel angeleno. Otis Redding fut inhumé à l'âge de vingt-six ans, en présence d'une foule immense et des plus grands noms de la soul, à Macon, où, depuis 2002, est érigée une statue à son image. On accède désormais à cette ville du sud de 120 000 habitants par l'Otis Redding Bridge. Commercialisé le 8 janvier 1968, « (Sittin'On) Dock Of the Bay » se vend à un million d'exemplaires. Elle vaudra à son créateur un double Grammy, d'auteur et d'interprète. Le disque sera suivi d'autres réalisations posthumes, plus riches de bonne musique que grevées d'une funeste exploitation. Ses fils Dexter et Otis Redding III formèrent à la fin des années soixante-dix un groupe, The Reddings, qui connut son heure de gloire. Leur père a été élu au Rock & Roll Hall of Fame en 1989.  Avec vingt et un 45-tours classés de son vivant (et dix de plus après sa disparition), Otis Redding représente naturellement l'artiste majeur de l'écurie Stax, et de tout un genre musical. Il est rentré dans l'histoire grâce à une simple interjection de deux syllabes (Gotta Gotta), comme une marque de fabrique. Ray Charles séduisit le marché blanc grâce à ses emprunts à la country. Sam Cooke opta délibérément pour la plus extrême des sophistications. Otis Redding, quant à lui, nourrit la fièvre de son art de l'électricité du rock. Mais sa mort sanctionne également celle d'une époque, créative, insouciante, et débridée. Personne ne saura jamais vers où allait évoluer Redding. Le monde a simplement continué à tourner, et a changé sans lui. Ses disques permettent en fait, non pas d'imaginer ce que le chanteur aurait pu être, mais de constater ce qu'il est : immense, et pour toujours.

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