S'il est des artistes dont on sait toujours où ils se situent, s'il en est d'autre dont on ne sait jamais où ils nous emmèneront, Pierre de Bethmann est de cette espèce trop rare de musicien qui transcende nos attentes pour aller au-delà de ces deux catégories. Son troisième opus de son "concept band" s'est aujourd'hui agrandi et s'orne d'un sax alto et d'une voix pour rajouter des brillants supplémentaires à la parure.
Intelligence des compositions, lyrisme dans la fluidité des lignes mélodiques, écritures précises des interventions des membres du groupe, improvisations inspirées des solistes toujours au service du collectif musical, tout y est pour vous transporter dans un monde où le Jazz prouve une nouvelle fois qu'elle est l'essence et à la fois la synthèse des musiques.
De rythmes purement jubilatoires, imposés dans un discours époustouflant par l'excellentissime batteur Franck Agulhon, en passant par des ballades atypiques où la voix de Jeanne Added, "utilsée" comme un véritable instrument tout au long du disque, nous entraîne dans un monde parfait, rempli de chaleur, d'interrogation, de plénitude et de respect. Toutes les influences déjà connues sont là et si la scène jazz contemporaine new-yorkaise n'est pas loin, Pierre de Bethmann a su en quitter les rives, direction "l'ancien continent", et voguer sur un océan aux vagues musicales diverses : la guitare parfois informelle et très à-propos de Michael Felberbaum retrouve parfois le son saturé et le phrasé d'un Zappa, la contrebasse de Vincent Artaud s'inscrit parfaitement dans les lignes mélodiques, rajoutant une voie à l'édifice créateur, tout en conservant la solidité et son ancrage, les sons et chorus des deux saxophonistes David El-Malek et Stéphane Guillaume, formellement les deux meilleurs de leur génération, ont réussi le tour de force de garder leur identité propre tout en fusionnant dans une coloration gémellaire.
Et puis... Et puis , il y a l'aîné... le chef d'orchestre de cette musique intemporelle, maîtrisant et imposant à son Fender Rhodes tantôt la légèreté et l'évanescence de l'ilium, tantôt le groove du B3, et parfois même le cri primal et répétitif de l'ancienne Afrique. Si vous voulez savoir ce que devient le jazz : "the jazz is not dead, it's just smell funny!" disait Frank Zappa avec un humour non dénué de moqueries. Voici de quoi dire enfin : "it's just smell good again !'. YES !
Stéphane (Bayonne)