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C'est la ouate qu'elle préfère. Beth Gibbons se réfugie dans la langueur mélancolique d'une dizaine de mélodies intemporelles et se laisse tendrement emmitoufler par Paul Webb, alias Rustin Man, de cuivres et de cordes, d'harmonicas et de violoncelles. Leur rencontre à l'aube des années 90, lors d'une audition de Beth Gibbons pré-Portishead par Paul Webb post Talk Talk, aboutit donc, une décennie plus tard, à l'intemporel
Out Of Season. Un album introspectif et acoustique fait maison, entre le spleen des campagnes du Devon et de l'Essex et les souvenirs de Billie Holiday, "Romance", de Chet Baker, "Show", de Nina Simone et de Nick Drake. Sans douleur, ni nostalgie. La troublante Beth laisse à Nico les ténèbres et choisit la lumière, l'adret contre l'ubac. Sur son versant irradié d'éclats jazz, folk ou soul, au cœur d'un paysage isolé, résonne avec intensité la voix étrange de cette fille de paysans, en osmose totale avec la nature. Entière et tourmentée.
--Sabrina Silamo
Critique
Débarrassée des attentes et de la pression liées à la sortie d’un nouveau Portishead, Beth Gibbons a fait une pause à l’aube des années 2000. Dans
Out of Season elle s’affranchit de ses craintes (son trac parfois insurmontable, a été source de problèmes pour elle et le groupe) et décide de se montrer nue, ou en tout cas plus naturelle et directe.
Et quel genre musical sied le mieux à une telle entreprise ? Le folk, bien entendu. C’est la conclusion qui s’est imposée à Rustin Man, ingénieux co-concepteur de cette petite merveille, crédité sur la pochette. Il s’agit tout simplement du pseudo que s’est choisi Paul Webb, ex-bassiste de Talk Talk, pour rester dans l’ombre du premier effort solo de cette grande voix anglaise. « Grande » par sa force qui ne parvient jamais à cacher ses faiblesses, grande justement par toutes les contradictions bêtement humaines qu’elle véhicule. Portée par des cordes voluptueuses de l’orchestre jazz de
« Romance » elle se révèle charmeuse; accompagnée de simples chœurs et d’une guitare acoustique elle se fait pleine de grâce et d’espoir dans
« Mysteries » (que le réalisateur Cédric Klapisch, a utilisé dans la bande originale de son film
Les Poupées Russes). Il y a aussi
« Drake » qui voit Gibbons reprendre le flambeau du story telling dans cet hommage avoué au grand songwriter anglais. A noter : la version commercialisée aux Etats-Unis de l’album, sortie un an plus tard, contient une reprise de
« Candy Says » de Lou Reed. Chanteuse à la voix défiant le temps, Beth Gibbons impose ici son élégance rare, avec le courage des oiseaux : « le chant donne, contient une sincérité que n’exprime pas la parole seule » confiait elle dans une interview pour l’émission
Tracks, d’Arte. Il ne faudrait pas cependant oublier le fait que cette qualité d’interprétation n’est pas donnée à tout le monde.
Anne Yven - Copyright 2013 Music Story