Critique
Ni têtes d’affiches, ni tête de Turcs, avec leurs mots qui touchent juste, La Rue Kétanou a conquis, en quelques années, ceux qui ont eu la chance de les croiser. Créant même un petit phénomène (ces disques que l’on se prête sous le manteau, ceux que l’on confie à ses amis comme des secrets), ces trois artistes de rue qui se décrivent comme des « aveugles avec des idées claires », se sont lancés dans la chanson en refusant de se voiler la face mais surtout de céder à la monotonie.
Il y a certes
« La misère d’en face », le racisme ambiant («
Mohamed »),
« Les chagrins d’amour », mais le message est limpide : il reste l’espoir. Et on l’entend, le public adhère.
Enregistré sur différentes scènes de Limoges, Marseille, Nancy, Clermond-Ferrand, Perpignan, Toulouse ou encore Paris,
Ouvert à Double Tour n’a rien à cacher. Pas d’invités, ni de mise en scène surprises, deux guitares, une cagette et un accordéon, tout est là. Leur musique est celle de troubadours des temps modernes, qui se déplacent, leurs instruments sur le dos, en apostrophant le public de « M’sieurs Dames ! » sympathiques.
Malgré cette simplicité dans la forme, les compositions étonnent. Menées efficacement, certaines reflètent un travail et une connaissance certaine de la scène. L’accordéon de Florent Vintrigner parvient à faire retenir le souffle des auditeurs («
La Fiancée De L’Eau »,
« Altitudes ») et donner une touche de lyrisme à ces chansonnettes. Le rythme des guitares parvient en peu de moyens, à lancer une danse.
Sur ces dix-sept chansons, on retrouve de nombreux titres de leurs deux précédents albums, mais surtout une majorité d’inédits, qui ne laisse craindre aucune panne d’inspiration à venir. Ces poètes des rues n’ont en effet pas finir de nous émouvoir.
Anne Yven - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Un nouveau groupe qui décide de faire une pause. Après Zebda, c'est au tour de La Rue Ketanou de faire un break, simultanément avec la sortie d'un premier live. Mourad et Olivier montent ensemble un nouveau groupe, Mon Côté punk, Florent débute une carrière solo. Quoi qu'il en soit, « Ouvert à double tour » est une belle preuve de l'énergie de ce groupe et la démonstration d'une évidence : lorsque l'on a de bonnes chansons, deux guitares, un accordéon et quelques pulsions rythmiques suffisent amplement à enflammer l'assemblée. Dans la même veine que Tryo (dont La Rue Kétanou reprend ici La Misère d'en face), de Sanseverino (Les Tontons...) et même parfois de Louise Attaque (La Fiancée de l'eau...), ce trio venu du théâtre de rue développe une gouaille humaniste et un esprit guinguette percutants.