Berlioz a contribué lui-même à la création du mythe du génie frappé par une inspiration foudroyante, capable d'écrire une page symphonique par une nuit glaciale dans une petite chambre éclairée par une bougie et un clair de lune complice, réchauffé par la seule ardeur de son génie. Cliché romantique traditionnelle...... génie ou pas, il suffit de regarder ce qu'est une page d'orchestre en termes de travail rédactionnel pour relativiser le mythe.
Mais Berlioz avait à la fois du génie et du métier. Outre ses orchestrations époustouflantes, la forme chez lui est rigoureuse, pensée : rien qui ne suive les errements d'un génie transcendant la raison. C'est souvent la traditionnelle forme sonate, évidemment adaptée et profondément repensée à son propos, qui charpente ces aeuvres. Il aura par exemple souvent substitué à la traditionnelle introduction lente un geste sonore, rapide, souvent brutal, en apparence intempestif, qui est une sorte de prémonition, un `pré-développement', d'une cellule ou d'un thème qui structurera la forme à venir. On peut même dire que les équilibres de cette structure seront influencés par l'impérativité de ce geste initial. Ce geste éminemment moderne, fort peu repris et imité (même le début de la Suite Lyrique d'Alban Berg n'en est qu'un faible écho), est une véritable signature berliozienne, et, lorsqu'on y réfléchit bien, un `geste dramatique' authentique.
Yoav Tami n'est pas un chef berliozien connu - ni même un chef très connu. Certes, il ne saurait éclipser les grands noms qui sont dans tous les esprits (Colin Davis.....), mais ce chef (et l'orchestre de San Diego) a parfaitement compris l'essence et la structure de la musique berliozienne, et notamment la structuration dramatique rigoureuse de ces ouvertures. Les passages que l'on attend avec impatience sont très réussis [le solo de cor anglais du Carnaval Romain ... passé l'époque baroque, Berlioz aura été le premier à mettre en valeur l'instrument (ignoré de Mozart, Haydn, Beethoven, Schubert, Weber...: symphonie fantastique (scène aux champs), Damnation de Faust (D'amour l'ardente flamme).... ]. Comme souvent, l'excellente marque Naxos, avec sa discrétion habituelle, a su trouver (voire tirer de l'ombre) des interprètes dignes des aeuvres qu'elle a entrepris de présenter. A côté de pièces très connues, nous avons ici des ouvertures rarement jouées, et qui méritent d'être savourées sous cette baguette.