Sergiu Celibidache est un cas dans l'histoire de l'interprétation : pour faire vite, disons que le chef en début de carrière n'a rien à voir avec celui des dernières années ; comme beaucoup, il a appris la lenteur, et quelle lenteur ! et la spiritualité. En fait, les concerts publiés chez Emi - avec les applaudissements en prime - dans des conditions techniques optimales, sont à écouter en dehors de toute comparaison immédiate au risque de décevoir. Rien ne ressemble à ces interprétations où l'on s'inscrit volontairement dans un tempo ample ayant pour but un travail sur le son, le sens intérieur de chaque partition, littéralement disséquée, fouillée dans ses moindres recoins à tel point qu'il est presque difficile de reconnaître un morceau que justement l'on croit connaître. Celui qui en a les possibilités suivra avec étonnement partition en main l'époustouflant travail de réinterprétation du répertoire. Et c'est cela qui dérange : Celibidache nous raconte autrement une histoire rabâchée et bouscule notre confort d'écoute. Certes, cette approche aura ses limites mais quelques références à mon avis indispensables devront figurer dans votre cédéthèque et modifieront à coup sûr votre écoute des grands classiques. On aime ou pas. Dire qu'il a failli être le patron de Berlin...
J'ai particulièrement aimé dans le Wagner le Siegfried-Idyll, d'une grande tendresse et d'une légèreté superbes - comme quoi on peut marier lenteur et légèreté dans Wagner ! - ainsi que la marche funèbre tirée du Crépuscule des Dieux, très impressionnante dans sa noirceur décrivant l'agonie du héros, où la lenteur est là aussi habitée. Intéressant livret en français du fils du chef et des raisons de l'édition.