On a tous eu un copain dont la vie a été gachée pour être tombé amoureux d'une harpie intello, persuadée d'avoir découvert le Saint Graal du bon goût en tout domaine et particulièrement dans celui de la musique. C'est hélas ce qui est arrivé à mon pote Jojo, avec lequel j'adorais passer des après-midis à écouter des skeuds, une vraie nassenoc hystérique sa copine, mais je ne pouvais pas lui dire à l'époque parce que question option Airbag et activité récréative nocturne ("la pêche aux moules"), là, je ne pouvais pas rivaliser....
Nous étions donc en train d'écouter "Roger the Engineer"
Roger The Engineer, album des Yardbirds période Jeff Beck, également connu sous le nom de "over Under Sideways down" et paru en 1966, nous demandant quel intérêt y avait t-il à publier en réédition CD la version mono et celle stéréo du même album, sachant que la version stéréo, enregistrée le plus souvent sur un 2 pistes, consistait à mettre d'un coté la voix et la guitare et de l'autre la batterie et la basse ?....Il faut rappeler ici qu'à l'origine la stéréo était destinée à émuler chez soi la spatialisation du son d'une salle de concert; or on a rarement vu sur scène un groupe jouer en mettant le chanteur et le guitariste à gauche, rien au milieu et la batterie et la basse à droite ?!? C'est la raison pour laquelle de nombreux amateurs de rock préfèrent encore aujourd'hui les versions mono aux fausses versions stéréo de leurs disques chéris (les premiers Beatles, le "Down at the Jetty" de Doctor Feelgood....).
C'est à ce moment précis que la catastrophe survînt. Madame Jojo rentrait de son shopping hebdomadaire et nous lança tout de go : "Encore à écouter vos vieilleries démodés !!! tiens, on va mettre le disque que je viens d'acheter...". Si encore cela avait été Moby ou Air ou Etienne De Crecy, mais non ! c'était un truc infâme, qu'on aurait dit composé par des ingénieurs de la NASA bourrés, voulant sonoriser une capsule spatiale pour un voyage interplanétaire, genre Era ou Café Del Mar vol 53. Dès ce moment là, j'ai su que la soirée était foutue et que Jojo courrait au divorce même s'il n'était pas encore marié...
En réécoutant "Roger the Engineer" des années plus tard, je me suis souvenu de ces tristes évènements, mais il faut quand même reconnaître qu'elle n'avait pas tout à fait tort la copine de Jojo...Les Yardbirds de 66 avaient largement abandonné le blues et le rythm' blues de leurs débuts pour se lancer dans des expérimentations psychédéliques pas toujours très inspirées. Et il faut bien l'avouer, des titres comme "over under sideways down", "I can't make your way", "Farewell", "Hot House of Omagararshid", "turn into Earth" ou "Ever since the world Began" sont très chiants à écouter aujourd'hui. Si l'on ajoute à cela des morceaux rythm'n blues de facture très scolaire, seuls les soli de Beck présentant encore un semblant d'intérêt, comme "the nazz are blue" ou "Rack my mind", alors on s'aperçoit qu'il ne reste plus grand chose de ce disque aujourd'hui.
Parmi les titres procurant encore un réel plaisir à l'écoute figurent "Lost Woman" un rock psychédélique très réussi, "Jeff's Boogie" jubilatoire !,"He's always there" une tournerie psyché rappelant un titre de Triangle (pour ceux qui se souvienne...) et "what do you want" un rock très Swinging London. Les bonus proposent quant à eux des versions alternatives de certains morceaux et quelques titres inédits sortis en 45 T ou tirés des singles solo de Keith Reef. Parmi les plus intéressants on notera ainsi le psychédélique "happennings ten years time ago" et l'étonnant "Psycho Daisies" dans lequel on ressent dejà en germe les prémices du Led Zep à venir...Les titres de Keith Reef étant quant eux constitués de gentilles ritournelles pop parmi lesquelles on remarque néanmoins l'excellente "shapes in my mind" qui n'est pas sans évoquer le travail d'un certain Serge Gainsbourg ("je suis venu te dire que je m'en vais").
En définitive, quelle leçon tirer de tout cela ?....ben....c'est que, pire que la bobote consumériste, il y a la mégère pas apprivoisée !