Analysée sous le prisme psychologique, la résilience s'emploierait à assister l'individu affecté et accablé par un traumatisme avilissant en participant à sa reconstruction. Une victime abusée sexuellement mériterait cette attention, notamment de la part de dignitaires religieux enclins à apaiser la souffrance des membres de leur communauté.
Celle de la Corporation du Sang de l'Agneau (les Sanguistes), secte religieuse fortement conservatrice à la tête de laquelle émerge le doyen Eldon Fochs, propose, en guise de viatique, l'anathème et l'excommunication... La doctrine humaniste bafouée, la victime s'identifie au pécheur, rédimé par son silence...
La focale de l'auteur se porte sur Eldon Fochs, coryphée religieux, Père des mensonges et bourreau pétrifiant. A travers des correspondances, notes, confessions, la duplicité de l'homme d'église est révélée sans ambages. Prédateur insatiable, il n'échappe toutefois à la clairvoyance d'un psychothérapeute, heurté par les menaces d'une hiérarchie religieuse aveuglée par son irresponsabilité.
L'acuité du regard porté par Brian Evenson sur cet homme dévoyé et malade illustre ce que chacun peut penser de la posture meurtrière et pédophile. L'homme d'église ciblé, le libelle de l'auteur à son endroit n'en est que plus virulent, empreint d'une aversion exacerbée.
Père des mensonges est un roman assez dérangeant tant les états d'âme, pulsions et actions du personnage principal le rendent odieux. Rarement un roman aura laissé l'indicible s'épancher sur ses pages, meurtries par la malsanité et le déshonneur. L'initiative littéraire de Brian Evenson pourrait paraître vaine tant l'attitude (silence couard , ligne de conduite comminatoire) des institutions religieuses concernant les déviances de certains de ses membres est connue. Mais la force de ce roman réside dans l'analyse des ressorts psychologiques du criminel, homme d'Eglise ou non, confronté sans cesse à son double nuisible et à son incoercible domination sur autrui.