Farce hilarante sur l''homosexualité en cachette, « Pédale douce » a connu un grand succès populaire à sa sortie en 1996. Elle se régale d''abord d''une superbe distribution, avec Patrick Timsit dans le rôle central d''Adrien Aymar, homme d''affaires qui n''ose pas montrer ses préférences sexuelles au bureau. (« Ça veut dire quoi, 'pédale douce' ? Il est pédé le dimanche ? ») En face d''Aymar sont rangées les forces perplexes de la bourgeoisie straight, en première ligne le patron Alexandre Hagutte (Richard Berry) et sa femme Marie (Michèle Laroque). Mais alliés avec l''héro gay se trouvent un collègue dans le même bateau ivre, André Lemoine (Jacques Gamblin), et leur complice Eva (Fanny Ardant), la gérante sulfureuse d'une exotique boîte de nuit gay-lesbien-travesti.
D''autres atouts phares de « Pédale douce » sont ses dialogues ciselés (« Je m''en fous de l''intelligence, ' ce n''est pas la cervelle qu''on suce ! ») et le spectacle carnavalesque de la culture alternative en boîte de nuit. Tel Patrick Timsit en fille, dont la perruque de jais contraste si franchement avec son veste de satin rose. Ou Borris Terral en porte-jarretelles, qui exhibe des fesses d'une rondeur exemplaire. Hallucinante aussi est l''image de Richard Berry près de noyer dans de la neige artificielle. De l''intrigue au rebondissement, de la grossièreté à la grossesse, cette histoire devient de plus en plus déjantée, frénétique, et folle.
En l''ère de Pink TV, quand un nombre croissant de pays occidentaux légalisent le mariage gay, on peut se demander si le thème de l''homosexualité au placard est encore de l''actualité. Par ailleurs, la bande sonore - y compris l''inévitable refrain de « YMCA » de Village People - n''échappe pas au piège de stéréotype populaire (et populiste). Pourtant, le film « Le placard » a lui aussi fait un tabac en salle cinq années plus tard, en 2001. Et finalement, une patine de cliché ne suffit pas d''annuler la force comique de « Pédale douce ». La vivacité des chansons telles "Salma ya salama" de Dalida, "Mon truc en plumes" de Zizi Jeanmaire, et "Club rules" de Namby Pamby, c'est trop infectieuse. Mais surtout des échanges vifs parmi des comédiens qui joue ensemble à merveille, dans un décor de plus en plus psychédélique : voilà l''étoffe d''une farce conquérante qui peut bien chanter, « I will survive ».