Puccini, "Tosca", Benini - Espert, Madrid 2004, 2 DVDs Opus Arte.
Quand le rideau s'ouvre, nous ne sommes pas à Sant' Andrea della Valle, nous sommes au Vatican, ou presque : un Jugement Dernier, celui de la Chapelle Sixtine, occupera le fond de la scène pendant les trois actes, différemment projeté, mais perpétuellement présent, menace de tourments et promesse de justice. C'est très bien vu de la part du décorateur Ezio Frigerio, comme cette Piéta, de Michel-Ange, elle aussi, "Mater dolorosa", que l'on dévoile à la fin du I° acte, image qui annonce celle de Tosca tenant Mario mort, sur ses genoux, "Amor' doloroso"...
Derrière chaque Floria, chaque Mario, chaque Scarpia, il y a tant de fantômes, immenses, qui chantent à nos oreilles, et auxquels on ne peut s'empêcher de comparer ceux que l'on entend, qu'il faut avoir autant d'admiration que d'indulgence pour ceux qui (et avec quel courage !), osent prendre la suite. Si Daniela Dessi manque de puissance et d'ampleur dans les aigus, elle a un onctueux médium et un mezza voce très stable, dont elle se sert à merveille dans son "Vissi d'arte". Fabio Armiliato (son mari à la ville), malgré une voix sans chair, et terne de timbre, a la puissance requise pour ne pas trop décevoir en Mario, tandis que Ruggiero Raimondi, assez plat au I° acte, se révèle au second encore très maître de ses moyens. Maurizio Benini tient par la bride le bel orchestre du Teatro Real de Madrid, lui refusant d'insuffler à cet partition fiévreuse, le rythme, le relief, la tension qu'elle demande. Encore un de ces chefs qui, comme disent les musiciens d'orchestre, "empêchent de jouer" ! Il n'y a qu'au début du III° acte que cette retenue convient à une aube dont la fausse légèreté est chargée de menaces.
En un mot, une "Tosca" pas indispensable, mais pas négligeable.