Critique
Canne à pommeau de gandin et canotier au ruban faussement désinvolte, Léo Ferré, ici daté et donc attendrissant, fait le beau : édité en format 25 cm dans sa version originale et réédité en
fac-simile, ce disque rassemble ce qu’on peut considérer comme les chansons fondatrices de l’art de Léo Ferré, mélodies par ailleurs pour la plupart interprétées (et souvent en amont) par d’autres artistes. On retrouve donc la
« Jolie Môme » déshabillée avec gourmandise par Juliette Gréco ou ce
« Comme à Ostende » (aisément le sommet du disque, grâce aux vers désespérément justes de Jean-Roger Caussimon) que revisitera, bien des années plus tard, le belge Arno, totalement au fait des atmosphères de ports de fin du monde, nimbées du fumet des moules-frites. Tout n’a pas très bien vieilli ici, à commencer par les gloussements en forme de règlements de compte de
« La Maffia ». Mais il reste la joie un peu enfantine des refrains à reprendre (presque) en chœur (
« Quand c’est fini, ça recommence »), des chansons rive-gauche particulièrement bien troussées (
« Paname ») et de belles évocations de belles gueules, entre Francis Carco et Pierre Mac Orlan, comme celle de ce bagnard, convaincu d’une seule chose : du désespoir de son destin (
« Merde à Vauban », enregistré à l’époque où il n’était pas coutume de jurer dans les chansons). Un disque comme un parfum suranné, mais le cimetière n’a rien perdu de son éclat…
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story