Le film qui a fait connaître Kusturica hors des frontières de la Yougoslavie.
D'abord, les quelques faiblesses qui font que je mets pas la note maximum: on sent trop le poids de la censure - le film a été tourné en 1984-1985, alors que les héritiers de Tito étaient encore au pouvoir - et la description de l'appareil répressif est par trop allusive. Comme description de l'angoisse que suscite la police d'un pouvoir totalitaire, "L'Anglaise et le Duc" d'Eric Rohmer est plus efficace.
Et maintenant le bien. C'est un film de Kusturica, ce qui suffit à dire qu'on y trouvera de l'inattendu. Cette description d'une répression aveugle vue par les yeux d'un jeune garçon réussit à traiter un sujet aussi grave avec les qualités qui sont la marque de Kusturica: onirisme, musicalité, art incomparable pour filmer la fête. La description clinique des mécanismes du pouvoir titiste n'est jamais d'un didactisme pesant, car tout reste vue sur fond de l'éveil qui mène de l'enfance à l'adolescence - comment oublier la scène de la mort de la petite Macha, le premier amour du personnage principal? On ne peut pas rester indifférent une seconde au déchirement et à la destruction de cete famille, qui finira par se réconcilier de manière factice sur fond d'amnésie. Amnésie qui est peut-être celle de toute l'Europe par rapport aux crimes du communisme?