Décidément, elle ne connaît pas l'échec. Cette petite perle de rock indépendant vient montrer que Jeanne Balibar sait décidément tout faire. Mais la réussite de cet album n'est bien sûr pas un hasard. Même si on peut penser que les univers qu'elle explore en théatre avec un talent qui ne semble pas avoir de limites, de Claudel à Tchekov, sont loin des guitares de Rodolphe Burger, elle parvient à faire preuve sur ce disque d'une sorte de présence physique toute théatrale. Sa voix langoureuse, et d'une classe hors pair, se déroule par volutes ensomnolées et incertaines, et parvient par on ne sait quel miracle balibarien à une corporalité charnelle extrême.
Les paroles, écrites en partie par elle, sont des petites miniatures, des débuts d'univers esquissés, des ambiances à elles seules.
Du début jusqu'à la fin, cet album n'est que raffinement, ne dit presque rien, ou le dit très bas, mais suggère tout. Alors on pourra dire, peut-être avec raison que Jeanne Balibar a la sensualité des cordes des tindersticks, une sorte de timbre à la nico, mais cet album c'est surtout complètement elle: toute son expérience de comédienne et d'actrice, toute son intelligence, tout ce qu'elle a glané chez les plus grands noms des arts cinématographique et théatral d'aujourd'hui, et chez les plus grands personnages qu'elle a incarnés pour nous faire vivre une balibaritude ô combien agréable. La voir chanter des bouts d'expérience filmique que chacun a vécues personnellement sans doute intensément (johnny guitar, la nuit du chasseur), ou avec une grande dame du cinéma asiatique comme maggie cheung, vient compléter cette expérience artistique absolue.
Merci, Jeanne, de nous montrer que l'art est un engagement, une richesse personnelle plutôt qu'une technicité qui ne permettrait pas de franchir les frontières entre cinéma et musique.