En 1863, Jules Verne a écrit un roman noir d'anticipation. Il décrit un monde dominé par la technologie : un métro automatisé et silencieux, en hauteur et propulsé par un système électropneumatique, on peut y voir une similitude avec le V.A.L. (ou Véhicule Automatique Léger) brevet pour ce type de métro déposé en 1971, soit cent ans plus tard. Jules Verne décrit le fac-similé envoyé par télégraphie photographique, un procédé mis en application en 1907, soit 50 ans plus tard. La robotisation à outrance, des machines qui ressemblent par certains aspects à des ordinateurs, etc. Il dépeint également un monde où tout est basé sur la finance, les banques qui contrôlent tout! Il a bien entrevu le fait que la société du futur créerait des laissés-pour-compte, même lorsqu'ils sont diplômés, un système qui broie les individus qui ne sont pas adaptés. Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est qu'autant il imaginait un progrès technologique qui se poursuivrait sans fin, autant il n'envisage aucune amélioration dans les rapports de bureaux, les relations entre le chef et ses subordonnés.
L'anecdote sur l'écriture est également amusante. Dans ce court extrait, on se rend compte que le héros ne sait pas utiliser une machine (précurseur de l'ordinateur) et commet des erreurs de calculs d'intérêts. Le banquier et le caissier discutent entre eux de l'urgence d'attribuer une nouvelle fonction au héros. Ils finissent par trouver un poste d'assistant d'un comptable. Voici la conclusion de leur discussion (page 63):
" - Ce garçon là est souverainement intelligent (...)
- On pourrait l'utiliser au Grand Livre ; Il dicterait à Quinsonnas qui réclame un aide.
- Dicter, voilà tout ce dont il est capable, car il a une affreuse écriture.
- Et cela, à une époque où tout le monde écrit bien.
- S'il ne réussit pas dans ce nouveau travail il ne sera bon qu'à balayer les bureaux !"
Bref, savoir former de belles lettres serait un important atout pour être un employé de bureau, puisqu'il est indiqué que le héros est l'assistant d'un homme qui a "une belle écriture" (page 69 ). Le héros ne peut espérer une meilleure position car il "écrit comme un chat de cuisinière" (page 70). Certes Jules Verne n'a pas vu arriver l'email et le traitement de texte qui évitent que le destinataire perde du temps à déchiffrer une lettre illisible. Une assistante d'aujourd'hui dont la calligraphie ne serait pas le point fort a quand même davantage de chances de faire illusion grâce à un ordinateur.