Qu'ils soient Jules, Gaston, Joseph, Maurice, qu'ils soient militaires, bourgeois, ouvriers, jeunes pères de famille, célibataires, juifs, catholiques, athées, ils n'onts plus que l'angoisse qui les tiraille au corps et le secours de leurs bien aimés, leur foi, leur plume.
A leur manière, avec leur propre histoire, leurs mots, leur tempérament, leur propre volonté de vivre, leur desespoir, leur humour parfois, ils nous livrent ces dernières paroles de condamnés.
Du plus gaillard au plus fragile, l'un trahit sa panique interieure, l'autre adresse ses au revoirs avec un calme qui etonne ou explique sans sourciller que le cerveau de l'un de ses compagnons vient d'eclater.
De tous se degage une dignité extraordinaire, chaque lettre est une histoire d'homme, et dans le pire c'est sans doute là qu'ils sont le meilleur.
Saisissant.
A titre d'exemple, Martin est tué peu après avoir répondu a son fils Maurice qui lui demande de ramener un casque de prussien: "Pour le casque, cela n'est pas sur. Ce n'est pas maintenant le moment d'aller les decoiffer. Il fait trop froid, ils pourraient attrapper la grippe. Et puis mon pauvre Maurice, il faut refléchir que les prussiens sont comme nous. Vois-tu qu'un garcon prussien écrive a son pere la meme chose que toi et qu'il lui demande un képi de francais, et si ce papa prussien rapportait un képi à son garcon, et que ce képi fut celui de ton papa. Qu'est ce que tu en penses? Garde cette lettre, tu la liras plus tard quand tu seras grand. Tu comprendras."