'Parsley, Sage, Rosemary and Thyme' est la suite logique de l'album de Simon & Garfunkel qui précède, 'Sounds of silence', et ce à plusieurs égards. Cet album a été fait dans la foulée, pour poursuivre la dynamique qui s'est installée : " Sounds of silence ", " I am a rock " et " Homeward bound " ayant tous fait des N° 1 dans les charts. La recette est quasiment la même que pour 'Sounds of silence'. On se référera d'ailleurs au commentaire de cet album... En effet ici aussi, Pour faire cet album, Simon & Garfunkel vont enregistrer des chansons que le premier avait enregistré en 1965 dans son album 'Paul Simon songbook', plus des chansons traditionnelles( " Scarborough fair canticle ", " Silent night "), plus les singles (" Homeward bound ", " Dangling conversation ") . Au lieu de l'instrumentation guitare sèche d'origine, on ajoute ici l'instrumentation folk rock qui a fait leur succès, on fignole quelques arrangements vocaux superbes et le tour est joué... Vite fait, bien fait comme le précédent opus du duo. Une nuance est cependant à ajouter. Cette fois ci, le duo est allé encore plus loin dans les harmonies vocales... Et c'est vrai qu'à ce niveau on est arrivé à une sorte de perfection... Art Garfunkel s'investit à fond dans ces arrangements qui sont devenus un peu la marque de fabrique du duo. Et c'est vrai que dans cet album, Simon & Garfunkel atteigne une apogée au niveau musical... Même si par la suite, des compositions de Simon ont un niveau intrinsèque bien meilleur, c'est dans cet album ou plutôt dans le double disque 'Sounds of silence' et 'Parsley, Sage, Rosemary and Thyme' qu'ils atteignent les sommets particulièrement avec ce dernier disque qui logiquement est plus mature... Ces deux disques qu'il faut relier comme je l'ai expliqué marquent la deuxième période ('discographique') du duo qu'on qualifiera de 'folk rock' (la première étant celle 'folk' de 'Wednesday morning 3 a.m.'). Donc si je disais 'sommets' c'est subjectif dans la mesure où c'est tout simplement que j'adore le style de musique (folk rock), les harmonies vocales, la poésie ou les thèmes des textes (ceux qui expriment le mal être existentiel). Je préfère ce style (de peu) à ce qui suivra chez Simon & Garfunkel et à beaucoup de choses dans la pop music. Mais comme je le disais certains estimeront que les meilleures compositions de Paul Simon restent à venir dans la 'dernière période' du duo avec les albums 'Bookends' et 'Bridge over troubled water'. Il n'empêche que sur cet album 'Parsley, Sage, Rosemary and Thyme' on trouve nombre de chansons d'anthologie. Notamment l'ouverture " Scarborough fair/ canticle ", une chanson traditionnelle apprise par Paul Simon en Angleterre. A la formidable chanson " Scarborough fair ", le couple a ajouté (ou plutôt 'entremêlé) " Canticle ", au texte anti-militariste. Le titre de l'album est tiré d'un vers de " Scarborough fair " et on rappellera pour l'anecdote que cela veut dire en francais : " Persil, Sauge, Romarin et Thym " et que dans la chanson (d'amour) qu'est " Scarborough fair ", cela se réfère à la symbolique (amoureuse) que traduit chacune de ces plantes... Mais reprenons, " Homeward bound " est une des plus belle chansons de Paul Simon, " Patterns " vaut surtout par son texte où Simon nous dit en (très) gros que l'Amérique des années 60, c'est 'le meilleur des mondes', " Cloudy " est beaucoup plus léger et poétique, très frais... Il y a des morceaux beaucoup plus difficiles, alors passons les tout de suite : " Big bright green pleasure machine " et " A simple desultory phillipic (or how I was Robert Mc Namara'd into submission) "... Comme dans " Patterns ", Simon se politise et se veut 'moralisateur'... Simon & Garfunkel sont 'cools' et 'dans l'air du temps', ils veulent à leur manière dénoncer les conservatismes de la vie américaine des sixties. Contrairement à leur image d'enfants sages, ils sont à fond dans le mouvement de 'libération' de ces années là. Enfin, bref les deux chansons citées (que je ne réécrirai pas, ouf !) sont un peu trop à message et pas assez 'musical'. Deux chansons sont bien dans le style de l'album précédent. Premièrement, " Dangling conversation ", c'est une critique de l'intellectualisme, où Simon explique qu'en se plongeant dans la littérature, on fuit une certaine réalité (ce qui est comique, c'est qu'il critique ici la façon de vivre qu'il proposait dans " I am a rock "). " Flowers never bend with the rainfall " exprime de fort belle manière 'les doutes existentiels'. Les paroles et la musique sont aussi très bonnes. Bref, ces deux compositions sont deux belles réussites du duo. " Poem on the underground wall " est un peu plus monotone et cette histoire d'homme dans le métro avec ses crayons de couleurs qui écrit 'love' sur le mur est un peu dur à avaler. " For Emily whenever I may find her " est une merveilleuse chanson d'amour mais comme " Kathy's song " sur l'album précédent, on pourra préférer la version live (du 'Definitive'). " Silent night " bénéficie d'une très bonne interprétation. Dommage que cette chanson soit politisée avec cet hommage à Lenny Bruce dans l'extrait " 7'o clock news " qui passe en dessous. Enfin, finissons avec le joyau de cet album " 59th street bridge song (feelin'groovy) ". Cette courte chanson est tout bonnement extraordinaire et nous fait 'feelin' (totalement) groovy'. Si on fait le bilan des chansons décrites sur cet album, presque la moitié sont un peu énervantes car elles sont politiques et traitent de la sensation de vivre dans une société formatée et conservatrice... Les autres compositions sur le doute existentiel, le mal-être mais aussi le bien-être sont simplement exceptionnelles et comme pour l'album 'Sounds of silence', seront appréciées par ceux qui ont l'âme un peu poétique.