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Partages [Broché]

Gwenaëlle Aubry
4.3 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
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Description de l'ouvrage

30 août 2012 Bleue
Posé contre un mur, devant une échoppe, il y avait un grand miroir, je me suis arrêtée pour me voir tout entière, de la tête aux pieds. Devant moi une fille, une touriste ou une juive, je ne sais pas, se regardait dans un miroir plus petit accroché à côté. Elle portait une robe qui dénudait ses jambes et ses bras mais soudain elle a sorti un foulard de son sac et l'a noué sur ses cheveux, j'ai trouvé ça bizarre, j'ai cherché son reflet. Et là, un instant, j'ai vu dans le cadre étroit deux visages si semblables que je n'ai plus su qui je regardais. Cela m'a fait peur, vite je suis partie, je me suis effacée.

En 2002, c'est la seconde Intifada. Sarah, Juive d'origine polonaise, née et élevée à New York, est revenue vivre en Israël avec sa mère après les attentats du 11-Septembre. Léïla a grandi dans un camp de réfugiés en Cisjordanie. Toutes deux ont dix-sept ans. Leurs voix alternent dans un passage incessant des frontières et des mondes, puis se mêlent au rythme d'une marche qui, à travers les rues de Jérusalem, les conduit l'une vers l'autre.
Partages est un roman sur la communauté et sur la séparation, sur ce qui unit et divise à la fois. Soeurs ennemies, Léïla et Sarah sont deux Antigone dont le corps est la terre où border et ensevelir leurs morts.

Gwenaëlle Aubry, philosophe et écrivain, est l'auteur d'essais et de cinq romans dont Personne (prix Femina 2009).

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Descriptions du produit

Extrait

Jérusalem, rue al-Silsila

Au début, je n'allais pas au-delà du Mur. Je ne m'en approchais pas. Je le regardais de haut, depuis la petite place de Misgav Ladah, dans un éblouissement de pierre et de lumière. Une lumière inhumaine, calcaire, de canyon, de désert, répercutée par les arches blanches, les drapeaux étoiles, l'or du Dôme du Rocher. Le Mur, lui, absorbe tout, le grand éclat et les ombres des fidèles, les larmes et les noms sacrés, les prières de papier glissées dans ses fentes. Ce n'est pas cela qu'il faut faire, je le sais. Peu de temps après notre arrivée, j'y suis allée seule, sans le dire à ma mère. Il y avait foule, ce jour-là. Deux garçons joufflus, gauches et fiers, célébraient leur bar-mitzvah. De l'autre côté de la barrière, mères, soeurs, tantes montaient tour à tour sur des chaises pour les regarder. Je me suis assise près d'elles, du côté des femmes, surprise d'accepter ça, pourtant je n'étais pas comme elles ni comme les autres, en foulard et jupe longue, serrées sur les bancs, leur bébé sur les genoux ou dans des poussettes, et qui, face au Mur, attendaient, patientes, silencieuses, captives d'une scène où rien ne se jouait qu'encore et toujours l'attente mais moi, songeais-je en les regardant, moi je n'attends pas, je suis trop jeune pour cela, à dix-sept ans je les veux maintenant les règnes, les justices, les pardons, tsedek, mehila, ces mots-là me traversaient que jamais dans ma langue je n'aurais prononcés, voilà le pays qui me monte à la tête à la bouche me suis-je dit, je ferais mieux de rejoindre les touristes derrière leurs caméras, de rire de tout cela, mon frère m'a raconté que c'est ici qu'il a demandé Yaël en mariage mais comment ont-ils fait, étaient-ils chacun d'un côté de la barrière, elle perchée sur une chaise - quand tout à coup j'ai remarqué une fille debout derrière un parasol replié. Elle était plus jeune que moi, vêtue d'une blouse et d'une jupe noire qui tombait sur des bas de laine blanche et des vieilles baskets. Cachée derrière le parasol, loin du Mur mais tournée vers lui, elle priait, les yeux clos, en oscillant doucement, le visage enfoui dans les Tehilim comme des larmes dans une main. Sous son foulard on distinguait des mèches blondes, un front haut et pâle, le teint clair des filles de l'Est - peut-être une Polonaise, comme Perla, comme la grand-mère aussi que je n'ai pas connue et dont je porte le prénom mais qui m'a légué sa peau mate, ses cheveux noirs (tu n'auras pas de problèmes, à Jérusalem, disaient David et Yaël pour me taquiner, on pourrait te prendre pour une Arabe). Alors je ne sais pas pourquoi, je me suis levée, je me suis approchée du Mur, collée à lui les yeux fermés, les mains posées sur les pierres tièdes où poussent des herbes folles. Un instant j'ai eu l'impression qu'il me portait comme une terre. Je n'entendais plus rien, j'étais ailleurs et en même temps arrivée. Je me suis souvenu de ce que disait mon grand-père quand j'étais enfant : Dieu est partout, Sarah, comme la mer qui remplit une grotte sans en être diminuée, regarde-toi dans ce miroir (le bras passé sur mes épaules il me conduisait devant le grand miroir posé sur la commode dans la chambre obscure de son appartement de Brooklyn), et maintenant dans celui-ci (il me tendait le petit face-à-main de Perla) : c'est bien toi qui es là, tu le vois, à peine plus grosse qu'une noix ou grande comme tu l'es déjà, alors si tu peux être dans deux miroirs à la fois, petite Sarah, songe à ce que peut Dieu.

Revue de presse

Après le magnifique «Personne», prix Femina 2009, Gwenaëlle Aubry donne la parole à deux adolescentes, l'une arabe et l'autre juive, dans la Jérusalem d'aujourd'hui...
En 2002, à Jérusalem, deux jeunes filles du même âge - dix-sept ans seulement -, qui ne se connaissent pas, vivent séparées par quelques centaines de mètres, séparées surtout par tout ce que l'histoire de cette terre - leur terre - fait supporter à leur jeune âge...
Gwenaëlle Aubry fait entendre, dès les premiers mots de leurs monologues, le retentissement de blessures très anciennes. Le poids des traumatismes subis par les parents et les ancêtres rend impossibles tout rapprochement entre elles, entre les deux communautés, et la vie à la fois paisible et ardente dont elles rêvent. Elles se croisent dans leurs déambulations à travers la ville, il leur arrive même de se voir, à côté l'une de l'autre, dans un miroir, expérience d'une inquiétante étrangeté où l'inconnue, l'espace d'un instant, devient un double. (Francine de Martinoir - La Croix du 29 août 2012)

Leïla, Palestinienne, et Sarah, Israélienne, sont unies et séparées par la même violence. Avec Gwenaëlle Aubry, la littérature donne rendez-vous à l'histoire...
Gwenaëlle Aubry donne avec Partages un roman précis et documenté, très ancré dans la réalité contemporaine, ses fondements historiques et les discours qui en émanent et structurent les postures des acteurs. Mais, plus impressionnant encore est sa pénétration, sa capacité de se couler dans l'expérience sensible des deux personnages qu'elle construit, pour en faire surgir cette tragique gémellité. (Alain Nicolas - L'Humanité du 13 septembre 2012)

A Jérusalem, en 2002, deux adolescentes, l'une arabe, l'autre juive, tentent, sans succès, d'échapper à leur destin. Partages, ou le grand miroir brisé de Gwenaëlle Aubry. Elles s'appellent Leïla et Sarah, ont 17 ans toutes les deux, pourraient être amies ou même jumelles... Mais c'est à Jérusalem que vivent les deux brunettes : Leïla, la Palestinienne musulmane, est confinée dans un camp depuis que le village familial a été vidé de sa population ; Sarah la juive, petite-fille de Polonais exterminés par les nazis, a fui New York au lendemain du 11 Septembre avec sa mère traumatisée. Ce sont ces deux voix, ces deux images en négatif d'une même tragédie, que Gwenaëlle Aubry, Prix Femina 2009 pour Personne, orchestre magistralement dans Partages, opéra sanglant qui ne connaît ni mièvrerie ni dogmatisme. (Marianne Payot - L'Express, octobre 2012)

Détails sur le produit

  • Broché: 192 pages
  • Editeur : Mercure de France (30 août 2012)
  • Collection : Bleue
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2715233078
  • ISBN-13: 978-2715233072
  • Dimensions du produit: 20,2 x 14 x 1,8 cm
  • Moyenne des commentaires client : 4.3 étoiles sur 5  Voir tous les commentaires (3 commentaires client)
  • Classement des meilleures ventes d'Amazon: 200.680 en Livres (Voir les 100 premiers en Livres)
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6 internautes sur 6 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 Deux voix, deux visages, un même conflit 19 septembre 2012
Par Jostein TOP 1000 COMMENTATEURS
Format:Broché
Partages est un roman tragique et dur. Ce sont les voix emmêlées de Sarah et Leïla, deux jeunes adolescentes de 17 ans. Sarah, juive d'origine polonaise a quitté les États Unis avec sa mère, après les attentats du 11 septembre, pour rejoindre Israël. Leïla est une jeune palestinienne élevée dans un camp en Cisjordanie.
Elles se partagent la narration au cœur des chapitres de la première partie puis elles évoquent leur famille chacune dans un chapitre et dans une construction originale, la troisième partie mêle chaque récit.
Elles s'opposent par leur culture. L'une se définit par une phrase du Coran, l'autre par une phrase de la Torah. Mais elles vivent les mêmes choses, leurs livres d'histoire sont différemment présentés mais parlent des mêmes émeutes, des mêmes guerres.
Elles se ressemblent par la terre, la peur et le souvenir des morts.
Le style de l'auteur est très maîtrisé avec des phrases très longues qui laissent couler les émotions, les sentiments des jeunes filles. L'auteur parle en images et en mots. Dans la première partie, il est parfois difficile de savoir quelle jeune fille s'exprime car elles ressentent les mêmes choses dans leur vie quotidienne.
Les personnages sont très complets, ils s'inscrivent dans un passé et un présent. Les descriptions de lieux sont évocatrices.
L'auteur n'a pas souhaité s'alourdir sur le conflit israëlo-palestinien mais bien montrer, par ces rappels obsédants aux morts que chaque jeune fille porte sa culture et son destin avec la même conscience tragique.
J'avais beaucoup aimé aussi la poésie et le style du précédent roman de l'auteur, Personne qui a reçu le Prix Femina en 2009.
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3.0 étoiles sur 5 Objectivité 16 novembre 2013
Par GAUBERT
Format:Poche|Achat vérifié
J'ai bien apprécié cette analyse impartiale et véridique sur les raisons profondes de l'antagonisme local et les responsabilités réciproques.
De plus, l'écriture est parfaite, mais c'est un constat,lequel - volontairement ou non - fait l'impasse sur les extremistes des deux bords(haredim et djihadistes) qui exaspèrent leur communautés et sont opposés à tout processus de paix.
René GAUBERT

J"ai bien apprécié cette analyse véridique et impartiale des raisons de l'antagonisme local et les responsabilités réciproques.
De plus, l'écriture est parfaite, mais c'est un constat lequel - volontairement on non - fait l'impasse sur les extrêmistes des 2 bords (haredim et djihadistes) qui exaspèrent leur communautés et sont opposés à tout processus de paix.

René GAUBERT
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0 internautes sur 2 ont trouvé ce commentaire utile 
5.0 étoiles sur 5 rien de plus que ca continue 26 mai 2013
Par mona
Format:Broché|Achat vérifié
rien de plus que ca continuerien de plus que ca continuerien de plus que ca continuerien de plus que ca continue
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