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3 internautes sur 5 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
L'infinitude de l'illimité,
Par Jacques COULARDEAU "A soul doctor, so to say" (OLLIERGUES France) - Voir tous mes commentaires (VRAI NOM)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pascal Dusapin : 7 Solos pour orchestre (CD)
Composer des solos pour orchestre seul, est un oxymoron troublant. Mais dès le premier instant on comprend que c'est plus qu'un oxymoron. Le solo est contenu dans l'orchestre et l'orchestre dans le solo, orchestre somme de beaucoup de soli et solo symbiose de nombreux instruments isolés mais conjugués ensemble. Les phrases se débattent d'instrument en instrument pour ne trouver leur unité que dans l'ensemble, écriture à plusieurs plumes, musique à plusieurs tonalités dans une seule voix.Cela rend le solo n°1 inquiétant, perturbant, troublant, comme une eau qui monterait et à l'appel de laquelle vous ne sauriez résister. Vous vous enfoncez dans les doigts filandreux de multiples plantes instrumentale sous-marines qui vous attachent, vous enlacent, vous entraînent vers un fond hors d'atteinte dans son altitude vertigineuse en ternarité bouleversante : trois flûtes, trois clarinettes, trois bassons, trois trombones mais deux hautbois ternarisés par le cor anglais sauf s'il s'allie plus loin avec les quatre cors en un pentacle menaçant. Le solo n°2 est une plainte qui enfle encore solitaire dans ses sauts enjambés et coordonnés d'un instrument à un autre. Il pousse le ternarisme de sa composition jusqu'au point culminant de faux quarterons : trois flûtes (aussi une flûte piccolo), trois hautbois (aussi un cor anglais), trois clarinettes (aussi une clarinette basse), trois bassons (aussi un contrebasson), quatre cors, trois trompettes, trois trombones, trois percussionnistes. Neuf maléfiques qui sont en fait douze transformant un treize fatidique en seize suivi de neuf autres fatidiques lurons. L'unicité dans la concaténation transitive d'une linéarité qui n'en finit pas d'onduler à la page vidée et blanche de notre âme alanguie et instable. Les percussions sont alors comme des trouble-fête qui viennent marteler et laminer cette solitude multiple comme une foule que dispersent une troupe inquiétante. Le solo n°3 pousse à nouveau le ternarisme de sa composition jusqu'au sommet de faux quarterons : trois flûtes (aussi une flûte piccolo), trois hautbois, trois clarinettes (aussi une clarinette basse), trois bassons (aussi un contrebasson), quatre cors, trois trompettes (aussi une trompette piccolo), trois trombones. Pascal Dusapin a une obsession ternaire et rejoint le Professeur Docteur Johannes Heinrich qui représente la nature humaine en une triade de cercles qui s'entrecoupent, chacun se divisant ainsi en quatre sections, le corps, l'âme et l'esprit qui, confronté à l'autre, retrouve le carré de Lacan. La quadrature du cercle est l'obsession de l'ancien siècle hanté par ses propres passions et incapable de voir l'avenir dans un passé qui se survit toujours à lui-même comme un acquis à jamais impérissable. Inutile donc de vouloir enjoliver l'atmosphère sombre et même ténébreuse de ce solo en forme de foule. Le solo n°4 est la suite directe du précédent, mais la sonorité semble plus ample plus chargée. C'est que les ensembles sont plus nombreux. Quatre flûtes (aussi deux flûtes piccolo), quatre hautbois (aussi un cor anglais), cinq clarinettes (aussi une petite clarinette et une clarinette basse), quatre bassons (aussi un contrebasson), six cors, quatre trompettes, quatre trombones, un tuba, trois percussionnistes. Le degré d'inquiétude augmente et l'unicité solitaire de l'orchestre enfle comme d'un trop plein qui ne sait pas sortir de son antre ou de sa prison. Il y a presque trop de monde dans cet univers isolé ou unifié. A trop vouloir être seul on devient multiple, alpha et oméga de celui qui fut, qui est et qui vient, sans qu'on puisse vraiment dire qu'il sera. Il semble qu'il veuille composer une métaphore de la réalité dans laquelle chaque instrument n'en est qu'autant de métonymies. Son Perelà, son uomo di fumo n'est un être matériel que dans l'immatérialité de son être. Le solo n°5 bondit dans le temps du compositeur et avec un ensemble tout aussi ternaire qu'avant, il tente d'appréhender le matériel de l'être de celui qui n'est peut-être que pur esprit. C'est crissant, rêche et aigu, irritant, revêche et pointu au point d'en devenir obsédant, écrasant, aliénant. Vous n'avez pas place dans cette musique. Vous êtes sur la touche et devez y rester. Vous êtes au spectacle d'une fuite solitaire à reculons vers l'abîme de la foule. Vous voyez le drame et vous comptez les coups, mais vous n'avez ni mot à dire ni part de mystère. Tout est là immense et brûlant devant vous. N'y touchez pas de peur d'y laisser plus que la peau. Rien ne lui sert de sortir, il faut revenir à point : l'ineo est aussi dur que l'exeo. Le solo n°6 essaie justement de revenir mais à contre-sens donc à l'envers, donc reverso devant. On a certes encore ces flux d'instruments fuyants mais on n'est plus simple spectateur d'une fin inéluctable et donc non éludée, mais d'une renaissance inespérée. Et il ne prend que sept coups sur un tambour pour faire fuir ce retour qui ne s'avoue pas, vaincu du moins. Mais cela ne donne pas la victoire à ce revenant de l'au-delà qui en prend à ses aises avec le temps, comme si sa simple insistance devait remettre le monde à son endroit qui est probablement notre envers. Mais jamais le retour n'est garanti triomphant à qui est parti sans même dire adieu. Une fois Perelà parti en fumée, jamais il ne retrouvera ses souliers. Le solo n°7 se veut en version intégrale, mais où est l'intégrale de l'inachevé, car la caractéristique première de Pascal Dusapin est de ne jamais mettre un point final à quoi que ce soit qu'il entreprend, même son Faustus semble mourir dans une immortalité sans cesse interrompue et reprise. Et ici la musique voudrait enfler et gonfler mais comment monter aux marches immatérielles d'un escalier virtuel, comme une foule qui n'est unie que dans sa division, un tutti dans son solo. On sent le vent de l'abîme. Et vous savez ce qu'il vous reste à faire maintenant, Mignonne. Dansez donc en attendant d'aller voir demain la rose dans son éclat du matin. Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Saint Denis, Université Paris 12 Créteil, CEGID Boulogne Billancourt Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
3 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
superbes oeuvres de Dusapin,
Par
Achat authentifié par Amazon(De quoi s'agit-il ?)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Pascal Dusapin : 7 Solos pour orchestre (CD)
Démarche musicale de Dusapin très intéressante. Si vous aimez Dusapin, il faut acheter ce CD.
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