En 1986, Alain Bashung est le cul entre deux chaises. Ses deux précédents albums (Play Blessures de 1982, Figure Imposée de 1983) ont été des bides commerciaux (mais artistiquement, ils sont excellents, et même monumental en ce qui concerne le premier des deux), mais en live, il assure, ses spectacles sont intenses, rock, parfaits. Il signe la musique du film de Yves Amoureux, Le Beauf (dans lequel Boris Bergman, son parolier, joue, et Bashung apparaît dans son propre rôle dans une scène de concert). Mais malgré un succès de single (S.O.S. Amor en 1984), peu de reconnaissance de la part des critiques, Bashung ne convainc quasiment plus. En 1986, donc, Bashung est dans une position peu enviable. L'enregistrement et la sortie de Passé Le Rio Grande... va un peu améliorer cette situation. En fait, elle va même totalement la chambouler, l'album obtiendra une Victoire de la Musique (meilleur album rock français), bref, retour de la consécration !
Manque de pot, ce disque, qui marque le retour de Boris Bergman aux paroles après deux albums où il n'apparaissait pas (les deux disques cités plus haut), est loin d'être réussi. Si vous connaissez bien l'oeuvre de feu Bashung, vous savez ce que je veux dire. Contenant quelques chansons vraiment réussies (Chat, L'Arrivée Du Tour, Milady), Passé Le Rio Grande..., avec sa pochette hilarante (Bashung en cowboy d'opérette, regard fixant l'horizon bien mort, avec une étoile tatouée sur la joue... Roy Rogers style, yeepee-kaï pauvre con), est un disque lourd, lourdingue. Anéanti par une production bien pompeuse et made in 80's (synthés omniprésents, batterie qui fait poum et dzing, sonorités affreusement pop), l'album est définitivement ancré dans une tradition bien nulle des jeux de mots foireux (Helvète Underground, Camping Jazz, Rognons 1515, Douane Eddy - comme Leslie l'avait dit ici dans un commentaire sur je ne sais plus quel article, rien qu'à lire les titres des chansons, ça donne pas envie). Bashung a toujours aimé les jeux de mots, parfois douteux (Guru, tu est mon führer de vivre, sur l'album de 1979 Roulette Russe), parfois réussis (A nous Delhi, sur l'album de 2008 Bleu Pétrole, chanson Hier A Sousse). Sur ce disque de 1986, il atteint le fond du fond, à peine digne de recouvrir l'intérieur d'un emballage de Carambar périmé. Et L'Arrivée Du Tour, comme pompée sur le Ghostbusters de Ray Parker Jr... Tu parles d'une référence !
Entre ça et la production bien nulle et kitschissime, plus la pochette qui donne pas envie d'acheter (ça fait vraiment comme le Thiéfaine de De L'Amour, De L'Art Ou Du Cochon ? : risible, comme une vaste fumisterie à la Charlots), Passé Le Rio Grande... s'impose comme un des albums les plus mineurs de Bashung. L'artiste avait fait grand avec Play Blessures, et il fera nettement meilleur avec ses albums suivants (Novice). Mais celui-là, ce disque qui l'a pourtant aidé à revenir au top et qui sera un gros succès commercial, ce disque-là, mieux vaut le mettre de coté.