Le livre est divisé en deux parties bien distinctes.
La première partie est consacrée au chercheur lui-même.Certes l?auteur du livre ayant été chercheur lui-même était bien placé pour répondre à ces questions, mais la richesse du livre vient de l?excellente documentation à travers de nombreux exemples de la vie et des découvertes de scientifiques célèbres. Excellente documentation que l?on retrouve également dans la réponse à une autre question essentielle : Un chercheur, pour quoi faire ? À quoi sert la recherche publique ? Ce livre illustre par des exemples bien choisis les percées remarquables des équipes de recherche françaises ces 50 dernières années, qui ont changé notre quotidien.
La deuxième partie du livre est consacrée aux questions qui fâchent, comme l?évaluation des chercheurs, ou les aberrations de la programmation de la recherche. Faute d?idée originale, nos technocrates se contentent d?ailleurs souvent d?ériger en politique scientifique ce qui n?est que suivre (avec quelques années de retard) des modes, comme actuellement celle des nanosciences, par exemple. Ce n?est pas la première fois que ces effets de mode sont dénoncés par des scientifiques eux-mêmes. Un prix Nobel de physique (Robert Laughlin) l?a fait récemment, justement sur cet engouement excessif sur les nanosciences, dans chapitre du livre « Un univers différent » édité chez fayard (2005) consacré au Carnaval des (nano)babioles. Mais le livre de Jacques Durand va bien au-delà des anecdotes pour mettre l?accent sur le problème de fond. Il y dénonce avec force .l?invasion des tâches administratives, et depuis la fonctionnarisation de la recherche dans les années 80, l?invasion de la bureaucratie. Pour autant on cherchera en vain toute polémique. Ce livre est écrit de façon rigoureuse, en se bornant à relater des faits, définissant les conditions de travail actuelles des chercheurs, et des difficultés auxquelles ils sont confrontés pour mener à bien leur mission. Cette partie du livre est drôle, non pas parce qu?elle relate des histoires, mais parce qu?elle est écrite avec l?humour des Shadoks. Nos établissements de recherche n?ont évité aucun des écueils de la dérive bureaucratique, pourtant dénoncés par des sociologues comme Crozier (« Le phénomène bureaucratique » aux Edition du Seuil) dès 1963!
Pas vraiment de solution proposée pour remédier aux dérives actuelles, ce qui aurait changé le livre en un document de travail réservé à des spécialistes: ce livre est résolument destiné au grand public. Mais il souligne aussi que trouver une solution à ces dérives et dysfonctionnement est un problème très complexe, et que les remèdes miracles dont on entend parler dans les salons des ministères ne sont que des placebos. Du reste depuis 1963, personne n?a trouvé les remèdes à ces maux connus dans toute la fonction publique.
Le livre « Passion chercheur » est donc un livre passionnant que je recommande à toutes les personnes curieuses de mieux connnaître ce monde de la recherche. Nos « décideurs », souvent enfermés dans leurs certitudes pourront aussi y trouver matière à réflexion, de nature à leur éviter bien des erreurs mettant en péril la vitalité de la recherche publique en France.