Après avoir enregistré la première version de la Johannes-Passion (celle de 1724) en 1987, Herreweghe a choisi, en 2001, d'en enregistrer la seconde version : celle de 1725.
La différence la plus remarquable entre ces deux versions est la suivante : tandis que la version de 1724 s'ouvre sur le sublime chœur " Herr, unser Herrscher ", la version de 1725 s'ouvre sur le chœur " O Mensch, bewein' dein Sünde grob " qui est le chœur qui conclut la première partie de la Matthäus-Passion et qui, quoique lui aussi magnifique, ne peut pas faire oublier le premier.
Ainsi, pour ce seul motif, plusieurs risquent d'être déçus par cet enregistrement. Pourtant, il est exceptionnel et, à bien des égards, très supérieur à celui de 1987. La direction de Herreweghe, d'abord, est beaucoup plus dynamique et vivante, beaucoup plus urgente qu'en 1987. L'évangéliste, ensuite, Mark Padmore, est l'un des plus extraordinaires que j'aie pu entendre : son interprétation est vraiment habitée, soulevée par une force et un drame fascinants (écoutez-le notamment dans le n° 23a-g !). C'est le même Mark Padmore qui chante les airs de ténors, notamment le splendide " Ach windet euch nicht so " qui n'existe pas dans la version de 1724. Enfin les autres solistes ainsi que le chœur sont aussi remarquables : écoutez par exemple le " Es ist vollbracht " d'Andreas Scholl...
Bref, il faut connaître la version de 1724 et tout particulièrement le chœur " Herr, unser Herrscher ", mais cet enregistrement de la version de 1725 n'est pas moins indispensable parce qu'il est d'une beauté et d'une puissance que l'on n'entend pas ailleurs.