Amazon.fr
Si le parcours de Manu Chao n'avait été jalonné d'oeuvres décisives, on serait tenté de prêter à cet album des vertus fondatrices.
Patchanka, premier disque de La Mano Negra, organisation de bruit et de fureur scénique menée par Mano Chao fut cependant bel et bien l'acte de naissance d'une musique, d'un style de vie, d'un courant dit alternatif. Après l'avènement de cet album et des concerts apocalyptiques qui s'ensuivirent, non, rien ne fut plus pareil. Véritable manifeste d'un nouveau mode, on y décèle les ferments de l'inspiration de celui qui est encore Manuel en cette année 1988. Mais sa manière - par exemple - de traiter le classique de rockabilly "Rock Island Line" comme une rencontre entre le groupe Free et Public Enemy en dit long sur ses intentions. Il y a aussi ces vibrations latino-punk, comme "Noche De Acción", ou "Indios de Barcelona" (la ville devint son QG par la suite) et ces torrides compositions en espagnol, telle "Mala Vida", un des plus beaux titres de Manu et de la Mano. La Patchanka, selon la Mano, était la forme de fête échevelée que le groupe inventait à chaque nouveau concert. Cet album montre combien les braises sont encore rouges.
--José Ruiz
Critique
Avec une intro très «live» devenu une marque de fabrique pour la Mano,
Patchanka ouvre l'histoire discographique du groupe. Manu Chao est aux commandes du «patchwork» de musiciens participant au disque. Il est assez difficile de savoir qui a exactement joué et sur quel titre, car la pochette salue indifféremment les Dirty Disctrict, les Casses Pieds, qui intégreront le groupe ensuite, Mamack au saxophone, Jean-Marc et Alain à la contrebasse... Tout ce beau monde à concocté en choeur un menu de 13 chansons courtes, mais riches en énergie et en styles musicaux. D'«
Indios de Barcelona» et ses cuivres épicés, au brûlant «
Salga la luna», le groupe balance entre rap, avec notamment «
Killing rats», chanson légère dans une ambiance de bar pour «
Darling darling» et un brûlot anti-Chirac, alors maire de Paris, accusé d'avoir tué la nuit parisienne. Ils voyagent entre leur image punk qui colle plus à leur attitude qu'à leur son et de solides morceaux rock aux touches hispanisantes tel «
Mala vida». La Mano démontre aussi qu'elle est capable de chanter en français avec le très cinématographique «
La ventura». Les cuivres et les choeurs font souvent la particularité des morceaux avec également des phrases entraînantes de clavier. Un melting-pot réussi et à la hauteur des productions suivantes.
Raphaël Richard - Copyright 2012 Music Story