Richard Strauss "Salomé", Summers, Met, octobre 2008, 1 DVD Sony.
Filmée trop souvent en plans rapprochés, ce qui ne flatte évidement pas une chanteuse quinquagénaire devant jouer les fillettes, dans un décor chargé d'éléments aussi divers qu'inutiles et dans une mise en scène aux fausses audaces (n'est pas McVicar qui veut!), cette production ne vaut ni pour le Yokanaan de Juha Uusitalo, inférieur à la tâche, par manque de profondeur et excès de vibrato, ni pour l'Hérode au beau timbre de Kim Begley, hélas peu investi, mais pour la belle et puissante Hérodias d'Ildiko Komlosi, pour le très lyrique et séduisant Narraboth de Joseph Kaiser, pour le premier soldat, Keith Miller, à la voix profonde et veloutée, et surtout, bien sûr, pour Karita Mattila, incarnant une Salomé, au premier degré, si je peux dire, pur produit de la très terre à terre Hérodias, gamine vulgaire et boulimique, gourmande de Yokanaan comme elle le sera d'autre chose quand elle s'en sera gavée, très loin de la névrosée psychopathe que l'on voit d'habitude mais que Mattila pourrrait aussi bien interprèter. Ah, si elle avait chanté, elle, dans la mise en scène de McVicar !
Dominant, et de haut, un orchestre bien dirigé par Patrick Summers, mais parfois comme déconnecté de la scène, Karita Mattila, de sa voix à la tessiture décidément phénoménale, toujours ronde, souple et chantante, avec ses aigus somptueux, sans aigreur, aux amples envolées, avec ce médium de velours, et ces graves sans tension, atteint la fin de l'ouvrage, sans essoufflement, sans fatigue apparente.
Une telle performance a quelque chose d'insolent. Le public se lève comme un seul homme, dès la dernière note. On fait comme lui !