Description
Facebook invente l esthétique m as-tu-lu.
Les trois premiers recueils de la collection «Lu sur Facebook» offrent un échantillon des différentes façons de briller en société par la littérature, assez comparables aux jeux des salons du XVIIe siècle. Patrick Lowie, écrivain et éditeur, utilise plutôt le réseau comme une tribune politique, regardant assez souvent vers l Italie : «Le maire de Rome : Giovanni Alemanno, post-fasciste. Tout cela en Europe et personne ne réagit...» Parfois, il use de la narrativité propre aux statuts (c est-à-dire qu ils se suivent et peuvent renvoyer l un à l autre) pour critiquer en souriant : «a demandé audience au Pape et sera reçu le 9 janvier 2009», annonce-t-il, puis au post suivant : «Waouwww ! j ai été excommunié ! Benoît m a enfin entendu ! On se revoit lundi pour les documents...» Le journaliste Frédéric Vignale se fait quant à lui une spécialité de la satire sociale, suivant l actualité avec dérision :«a trouvé une solution pour ceux qui ont peur des piqûres : la vaccination en ligne contre la grippe A». Parfois, il se laisse aller à la blague potache:
L un des piments essentiels du statut est le calembour ou du moins l assonance : «il y a la nymphomane et l iphoneman» (Lowie). A l étage supérieur, le jeu d idées (appelé poésie) remplace un mot attendu par un autre en faisant bifurquer le cliché vers de nouveaux objets de pensée. Arnaldinho Gaucho (si si) s en révèle seul ici capable. Ainsi «Arnaldinho Gaucho a les yeux taser»,«cherche le syndicat d initiatives de sa vie»,«niera nulle part» ou bien est «un chien dans un jeu de filles». Les statuts de cet auteur au pseudo footballistique règlent en outre la question de la virtualité sociable une fois pour toutes. Gaucho se présente comme une pure créature réseautante, assume et ridiculise sa fiction dès ses trois premiers coups : «jongle avec les fuseaux horaires, avec le temps. Il est l heure qu Arnaldinho veut, quand il le veut», «inauguration de l exposition "Arnaldinho Gaucho, humilité et perfection" en mars 2010» et «vivement qu on en finisse avec les fêtes, que je redevienne votre principal centre d intérêt».
Du narcissisme ironique ou réel que suscite l usage intensif des réseaux sociaux, Gaucho tire en ricanant des maximes tantôt passives («La dépression c est écrire le jour des statuts que tu écris la nuit») et tantôt surréalistement agressives : «S arrache une jambe et te batte le front avec.» Sans oublier bien sûr le plaisir suprême de toute sociabilité, qui n est pas l amour-propre mais l humiliation d autrui, sur son lit de sadisme ludique : «Arnaldinho Gaucho va supprimer arbitrairement 5 amis, histoire de vous montrer que vous n êtes pas plus grands que le concept.»
Par ERIC LORET --Libération
Présentation de l'éditeur
En littérature, la maxime est un genre littéraire qui se caractérise par sa visée moraliste. L auteur jette un regard critique sur le monde sans prétendre pouvoir le changer. Cette forme littéraire privilégie la concision et exploite une esthétique du fragment et de la discontinuité. Aujourd hui, le genre a évolué et s est modernisé grâce à la communication sur Internet et dans les réseaux sociaux. De nouvelles formes d écritures sont apparues à travers ce que l on appelle maintenant les statuts notamment sur Facebook, Twitter et MSN.
Patrick Lowie écrit des statuts comme on écrit des pamphlets courts et incisifs. Ses aphorismes sont à son image, celle d'un bourlingueur aux yeux acerbes, curieux de tout, critique mais jamais cynique qui trouve le mot juste sur la situation que seul un ultra sensible peut voir.
Animal politique et littéraire, il porte un regard amusé, tendre, idéaliste et frondeur sur le monde et l'E-monde en français, en italien ou en arabe.
Ses mots ont pour référent les arts, la politique italienne, les inclinations amoureuses gay et friendly et la belgitude. On sourit, on rit, on pleure, Patrick Lowie est féroce mais jamais méchant, il faut une grande tendresse et beaucoup d'amour pour regarder son siècle et ses habitants avec une telle tolérance érudite.