La notion de patrimoine élaborée au cours du XXe siècle fait des pratiques culturelles un mode d'éducation aux valeurs collectives. Guerres mondiales et affrontements sectaires révèlent combien détruire la culture de l'adversaire, notamment les traces de son passé, est un enjeu décisif. Des organisations internationales inédites entendent garantir une préservation élargie des uvres et des héritages, parfois à l'encontre des intérêts d'un tourisme ou d'un marché de l'art globalisés.
Aujourd'hui, derrière les rites largement partagés de la visite au musée ou de la fréquentation des monuments, l'impératif de conserver et de transmettre s'impose à chacun : au nom de principes savants et culturels désormais mondiaux mais, plus sûrement, pour s'approprier et faire reconnaître des « causes patrimoniales », qui sont autant de foyers de sociabilité et de projets de développement local.
L'auteur démontre comment le jeu des normes et des pratiques a dessiné au cours des trois derniers siècles les figures du vénérable, mobilisant à chaque fois des identités ou des traditions plus ou moins reconstruites. La reconnaissance immédiate et sensible que suscite la vue de « son » patrimoine est le fruit d'une longue histoire, celle de l'institution de la culture, entre mémoire et territoire.
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