L’une des plus belles satisfactions que l’on puisse tirer, en spectateur, de la carrière de Paul Anka reste que, star mondiale à dix-sept ans (le monde, et surtout sa portion féminine, à ses pieds) il n’ait pas été broyé par la machine commerciale (overdose, suicide, addiction, etc…), et soit encore parmi nous pour évoquer la vanité des choses.
Ceci posé, Les Plus Belles Chansons de Paul Anka compile donc les quelques refrains à l’usage de plusieurs générations, concoctés par le Canadien, et rappelle son vrai talent à trousser des mélodies, aussi dispensables que facilement mémorisables : « Put Your Head on My Shoulder
» (à qui The Lettermen donnèrent une deuxième chance en 1968), « You Are My Destiny
» (tube de 1958), « Puppy Love
» (originellement composé pour Annette Funicello), et, naturellement, une « Diana
» que son créateur chantera en italien, ou reprendra bien des années plus tard en duo avec Ricky Martin.
Se pressent également au guichet le thème de Le Jour le plus long (devenu par la suite marche officielle des parachutistes canadiens), ainsi qu’une version en concert de « My Way
» (mais là, de Frank Sinatra à Nina Simone, la concurrence est rude). On goûtera avec une plus grande suspicion les incursions du chanteur dans le répertoire d’autres artistes (« I Can’t Stop Loving You
» jadis immortalisé par Ray Charles, ou un « Save the Last Dance for Me
», de Mort Shuman et Doc Pomus, et dont on conserve plutôt la version de The Drifters dans l’oreille).
Mais, en synthèse, on peut reconnaître à ces vingt-quatre chansons une indiscutable faculté de témoignage : d’une époque (à l’innocence désormais enfuie), d’un talent normatif et lisse, et d’une indiscutable poussée nostalgique, comme l’on dirait d’une poussée de fièvre. Paul Anka, éternellement jeune, bronzé, et mince, a, de ce point de vue et pour quelques années encore, absolument emporté un certain challenge face à Frank Sinatra (mort), et Elvis Presley (gros, et mort, lui aussi).
Christian Larrède - Copyright 2012 Music Story