Leon Botstein est un chef talentueux dont on peut saluer la curiosité d''esprit, et l''enthousiasme et la compétence avec lesquels il aborde Ariane et Barbe Bleue dans cet enregistrement tout récent (janvier 2007) font plaisir à entendre. L''opéra unique de Paul Dukas (créé un siècle plus tôt, en 1907) est en effet une œuvre marquante, magnifiquement écrite pour les voix et pour l''orchestre, et qui n''a pas intéressé par hasard des musiciens exigeants et subtils comme Zemlinsky. A mon sens, le texte dû à Maurice Maeterlinck est bien moins démodé que celui de Pélléas, et le personnage d''Ariane n''a rien de ridicule. Drame moral, plutôt qu''érotique, Ariane et Barbe-Bleue possède un pouvoir de séduction qui naît de l''invention suprêmement élégante du compositeur. On cède aux sortilèges du chant souterrain des épouses au premier acte, on admire la construction symphonique à la fois monumentale et condensée des trois actes, comme la riche et chatoyante substance musicale de l''œuvre toute entière (à la surface de laquelle semblent affleurer des idées thématiques en constante transformation, en un écho très personnel au principe wagnérien du leitmotiv). Et bien qu''il ne s'agisse nullement d''un oratorio, c''est une œuvre qui peut s''apprécier chez soi, bien plus que d''autres partitions lyriques. Excellente prestation de l''orchestre de la BBC, qui déploie une riche et séduisante palette de couleurs, comme en une toile de Klimt. Patricia Bardon est satisfaisante dans le rôle important de la nourrice, tout comme les épouses. Pour incarner Ariane, Lori Phillips n'est pas idéale, mais je ne sais pas quand nous aurons mieux. Dukas est un compositeur important et Ariane est sans doute ce qu''il a écrit de plus beau.