La date est le 7 décembre 1941 et c'est sous cette appellation que le président Franklin D. Roosevelt qualifia, devant le Congrès, l'attaque surprise de l'aviation japonaise sur la base de Pearl Harbor à Hawaï. Mais il y aurait bien un autre "jour de l'infamie". Celui de la sortie du film de Michael Bay sur le sujet, tant le résultat est cinématographiquement et historiquement honteux.
Le postulat est de nous conter "à la
Titanic" un récit dramatico-romantique dans le contexte d'un événement historique bien connu. Ici, ce sera un triangle amoureux entre deux amis d'enfance (joués par Ben Affleck et Josh Hartnett) et une infirmière (Kate Beckinsale) engagés dans l'USAAF avec en arrière-plan l'entrée en guerre imminente des États-Unis liée aux conflits sévissants en Europe et les préparatifs de l'attaque nippone.
Mais contrairement au chef d'½uvre de James Cameron où l'histoire d'amour servait de vecteur au scénario pour montrer la vie du bateau et les inégalités sociales, celle de Pearl Harbor est sans raison. La vie sur l'archipel et de l'époque est montrer de manière idyllique, bien glamour, "vintage". Le film recherche l'esthétisme des grandes fresques romanesques de l'Hollywood d'antan sans pour autant en retrouver l'âme et la finesse. Les images sont un enchainement de cartes postales, la mise en scène et les dialogues sont convenus, ennuyants. De plus, la réalisation impatiente de Bay et les acteurs vraisemblablement livrés à eux-mêmes n'aident en rien à rentrer dans cette époque. Le comble est que ce premier acte dure près d'1h30 !!!
Vient l'attaque japonaise et le film prend un peu de relief. Michael Bay se laisse aller à ce qu'il "sait" faire : l'action. Le rythme est soutenu, les effets visuels réussis. Techniquement, cette mise en scène de l'attaque ne démérite pas trop. Cela dit il y a toujours quelques choix d'angles et de cadrage curieux ou incompréhensibles de la part du réalisateur. Sans compter que ce qu'il tourne restent toujours à l'état de carte postale et là ça coince lorsqu'on filme l'horreur de la guerre. A l'instar des sentiments dans le triangle amoureux, la violence n'a aucune résonance émotionnelle. La caméra semble insensible aux cadavres, aux brûlés. Rien n'appelle à la réflexivité.
La reconstitution de l'acte de guerre est donc stérile avec comme sommet de sa maladresse la partie où nos deux pilotes enfin embarqués dans leur P-40 combattent les ZERO dans un esthétisme à la
TOP GUN...
L'½uvre est donc cinématographiquement honteuse car "adolescente". La romance plait sans doute aux petites collégiennes grâce à ses héros "beaux gosses". L'action, par son montage très rapide et les CGI, est pour le garçon pubère. Or, j'imagine qu'un vétéran de la Seconde Guerre Mondiale devait attendre une toute autre vision que celle-ci. Quelque chose de moins clicheton et surtout plus humble face à l'Histoire.
Je ne dis pas que l'on n'a pas le droit de romancer à travers un contexte historique mais le fait est que dans Pearl Harbor (et c'est le plus grand défaut) les connexions entre romance et historicité sont très peu judicieuses et acceptables. J'accepte la licence artistique pour que les protagonistes rencontrent James Doolittle (Alec Baldwin) et Dorie Miller (Cuba Gooding Jr.), que Rafe (Ben Affleck) parte en Angleterre* mais je n'adhère plus quand on nous décortique les procédures militaires et diplomatiques avec les services secrets, l'état-major, l'amirauté, Roosevelt.
Quel rapport direct y-a-t-il entre les personnages principaux et les coulisses de l'Histoire ?
Le film n'a pas su choisir son sujet. Cela donne une narration sinueuse, un montage étrange où le "roman" phagocyte l'Histoire et vice-versa. Ce "trop" long-métrage aurait gagné à se resserrer sur sa partie romancée en y incorporant de temps en temps des faits véridiques plutôt que de faire un brassage de
Tora! Tora! Tora! et de
Tant qu'il y aura des hommes.
Je pourrais rajouter que le patriotisme et l'héroïsme y sont exacerbants, primaires, sans distanciation ou nuances. Les pilotes américains sont magnifiés comme des superhéros. L'exposition non-manichéisme des Japonais n'est guère convaincante, cela sonne un peu faux et hypocrite car leur portrait fait dans le film est très sommaire.
*La RAF incorporait bel et bien des américains , sauf que ceux-ci étaient des citoyens volontaires et non des pilotes déjà en service dans l'USAAF.