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Qui croirait que l'auteur de films aussi exubérants qu'Attache-moi à l'univers aussi kitsch et coloré que Femmes au bord de la crise de nerfs et pour qui la seule loi est celle des sentiments, est une personne pudique ? Pourtant, Pedro Almodovar revient sur ce trait de caractère au cours des entretiens qu'il donne à Frédéric Strauss de 1994 à 2000. Ensemble, ils évoquent le parcours et les films de ce maître de la narration. L'expression Le Labyrinthe des passions du titre d'un de ses films, témoigne du travail d'Almodovar. Explorateur du désir mû par une imagination débordante, il mélange les genres : le féminin et le masculin, le drame et la comédie. Peut-être faut-il regretter la rigueur un peu stricte de ce "livre d'école" tel que le définit Almodovar. Toutefois, comme tout bon livre d'école, il éveille l'attention et donne les clés pour pénétrer plus profondément le monde de ce cinéaste, spectateur des autres et de la movida madrilène, mais qui se livre aussi. Sans doute n'est-ce pas un hasard si cet ouvrage s'achève sur Tout sur ma mère, somme des thèmes chers à Almodovar, film de la maturité. --Sophie Paviot
Quatrième de couverture
En 1989, Femmes au bord de la crise de nerfs sortait en France et attisait la curiosité pour un réalisateur de comédies très espagnoles et très originales : Pedro Almodovar. En 1999, un mélodrame, Tout sur ma mère, donnait toute la mesure d'un très grand cinéaste : Pedro Almodovar. D'un film à l'autre, de l'effet de surprise à la consécration, le chemin parcouru est grand. Il est aussi très personnel. Des femmes au bord de la crise de nerfs aux femmes en pleine crise de larmes de Tout sur ma mère, se raconte l'histoire d'un cinéaste qui a su imposer un univers fort, très repérable, et nous y entraîner avec une liberté qui, justement, bouleverse les repères. Du rire aux larmes, du rose au noir, du Madrid de la " movida ", de son premier long métrage, Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier (1980), à la scène des Oscars vingt ans plus tard, quel est le fil qui relie les films et donne sa cohérence à l'oeuvre ? De l'écriture du scénario au choix du générique, Almodovar est l'auteur complet de ses films. Sa " griffe " est particulièrement sensible dans la conception des décors, où l'on retrouve toujours une variation, plus ou moins marquée, sur cette inspiration pop et kitsch devenue, peu à peu, un véritable style Almodovar. Un style nourri de multiples rencontres avec les peintres et graphistes qui ont fait, au même moment, le renouveau artistique espagnol, de Barcelone à madrid : Mariscal, Ceesepe, Dis Berlin, Juan Gatti... Tout au long de ses entretiens avec Frédéric Strauss, la parole du cinéaste se déploie librement, rompant avec les limites de l'interview pour varier les discours. Evocation de souvenirs d'enfance, explication technique d'une scène, récit d'un scénario jamais filmé, commentaire amoureux et cinéphilique de films fétiches, interprétations personnelles de la signification d'un objet, d'une image, d'un personnage... Les interventions de Pedro Almodovar sont aussi prolifiques que l'univers où elles nous guident. Un univers qui se dessine également à travers les documents de travail du cinéaste et de ses proches collaborateurs : photos, dessins, textes, partitions, maquettes... Le livre retrouve ainsi le mouvement d'une création toujours renouvelée.