Dans cet intéressant ballet du vétéran Heinz Spoerli, il y a de très bonnes choses, et l'on pourra citer dans le désordre :
- la blondeur et la juvénilité du danseur néerlandais Marijn Rademaker (du Ballet de Stuttgart) en font un parfait Peer Gynt, toujours très à l'aise et convaincant,
- dans le rôle de Solveig, la danseuse Yen Han, si elle n'a guère l'allure d'une norvégienne, nous éblouit déjà (avant le « Swan Lake » filmé à Zurich l'année suivante, dans lequel elle donnera un des plus beaux moments du ballet) par son élégance et sa grâce. Sans être virtuose, sa danse est toujours d'un extrême raffinement,
- la chorégraphie contrastée et efficace de Spoerli va droit au but, et atteint souvent sa cible en ne se perdant jamais dans les étrangetés ou incohérences qui gâchent souvent la danse moderne,
- j'ai beaucoup apprécié aussi le très ingénieux décor de « sable » de la deuxième partie (qui se passe en Afrique du Nord), qui donne des effets visuels d'une grande beauté en même temps qu'il permet aux danseurs des pas originaux (projections, chutes...)
Mais il y aussi des aspects nettement moins réussis :
- le rôle de Peer Gynt est double, et tenu en même temps que par le principal danseur par un acteur qui déclame un texte un peu emphatique, qui ralentit l'action plus qu'il ne l'éclaire. C'est un peu comme la voix « off » au cinéma : un procédé à n'utiliser qu'avec parcimonie, car servant souvent de béquilles à un récit qui ne saurait se tenir debout tout seul,
- plutôt que d'utiliser toute la partition de Grieg, le chorégraphe a préféré remplacer certaines parties moins connues par des morceaux de deux jeunes compositeurs contemporains. Le mariage n'est pas heureux, et cette nouvelle musique fait très pâle figure dans le chef-d'œuvre du grand Norvégien,
- après un début très enlevé, le ballet n'est ensuite pas exempt de longueurs (dues pour une bonne part aux interventions du récitant ou aux musiques modernes peu inspirantes),
- enfin, comme tous les ballets filmés à Zurich (voir mes commentaires sur « Cendrillon » et « Swan Lake »), tout est très mal filmé. Des caméras sont mal placées (trop près de la scène, ou trop en hauteur, ou trop basses...), il y a trop de gros plans, le montage est haché... Rien d'étonnant à cela, puisque le réalisateur des trois films (Andy Sommer) est le même. (Mais pourquoi s'obstine-t-il à filmer la danse s'il ne comprend visiblement rien à cet art ?)
En bref, un ballet ambitieux, estimable, agréable à regarder, mais qui n'est pas tout d'un bloc de qualité uniforme.