Vu lundi sur Arte. Peindre ou faire l'amour met en scène un couple : un presque retraité, William (Daniel Auteuil) et une artiste, Madeleine (Sabine Azema), en proie à un début d'ennui et à sa diversion possible, l'érotisme, en l'occurrence la tentation échangiste. Tout commence avec leurs jeunes voisins, Adam (un aveugle joué par Sergi Lopez) et Eva (Amira Casar) dont la maison part une nuit en fumée, qu'ils recueillent chez eux pendant quelques jours et qui les initient un beau soir à la chose à l'insu de leur plein gré. Au petit matin de cette aventure, William entraîne sa femme en promenade pour fuir sa maison, fait une sortie de route sans gravité - doublon symbolique de celle qui a précédé - pour éviter un sanglier puis, dans un bar de la ville, s'avise soudain que sa légitime « sent fort » (Adam, sans doute) et loue incontinent une chambre d'hôtel pour retrouver cette odeur de première fois que ne procurait plus le lit conjugal mais que l'extra-conjugal a fait ressurgir. Quand ils reviennent, leurs « amis » sont partis. Passée la surprise, William, quand même perturbé, estime devant Madeleine « qu'ils se sont fait baiser » (ce qui est littéralement vrai), que c'est sans doute ennuyeux, sans qu'il sache pourquoi (ça, il ne le dit pas) puis il revient sur son jugement après un coup de fil, car la dite surprise a semble-t-il été partagée de l'autre côté. Et personne n'est trop fâché, au total.
Aussi, peu après, William et Madeleine, comme s'ils y avaient pris goût, remettent le couvert. C'est un autre couple qui se présente, tous les deux également jeunes et beaux, comme par hasard. Ils sont venus voir la maison, que William et Madeleine ont mise en vente sans trop réfléchir, juste histoire de continuer à faire n'importe quoi. Nos hôtes leur offrent d'abord l'apéritif, puis ils les retiennent à dîner. Au coin du feu, ils se récitent mutuellement Les Marquises de Brel, acte qui scelle, comme un mot de passe, leur complicité d'un soir. A l'heure de faire semblant de partir, les jeux - de séduction - sont faits, une nouvelle fois, mais de façon plus instruite et consentie. En guise de préludes, William a même droit à une scène joliment crue de toilette intime féminine. Les quatre se quittent fort civilement en fin de soirée, assurés par les visiteurs de ne jamais se revoir.
Ces fantaisies sexuelles ont le don de réveiller William et Madeleine de la torpeur où les avaient plongés leurs trente ans de mariage. Ayant retrouvé quelque saveur à leur vie de couple depuis qu'ils l'ont partagée avec d'autres, ils décident que finalement, ils sont bien ensemble et là où ils sont. On n'a pas très envie de les contredire, vu leur somptueuse baraque et le paysage alentour. Du coup, c'est le cas de le dire, ils renoncent à rejoindre leurs jeunes voisins partis dans des îles lointaines et donc à vendre leur maison, puisqu'il peut encore s'y passer des choses si insolites et si agréables. Bourgeois (ré)confortés dans leur bourgeoisie, Azema et surtout Auteuil jouent assez bien l'espèce de sidération et de désarroi qui s'empare d'eux face à ces couples de rencontre dont la libre jeunesse les fascine et les vampirise tour à tour, en silence. Ils semblent n'avoir rien à leur opposer ni à leur refuser de leurs corps ni de leurs âmes, qu'ils avaient de toute façon abandonnés depuis lurette au temps qui lasse, sans même s'en apercevoir.
Les frères Larrieu filment de façon vraisemblable et délicate toutes les nuances de ces « échanges » par ailleurs très improbables, sauf si on croit encore au Père Noël.