Dans la série des bons albums de CCR, je voudrais Pendulum...Bonne pioche ! John Fogerty est encore là à régenter tout ce qui bouge, à écrire tout ce qui lui passe par la tête et à l'imposer aux autres...Normal, le gars tombe les succès les uns derrière les autres depuis les débuts du groupe. Seulement, les trois autres en ont raz-la-casquette, veulent que le cadet des Fog délègue et les laisse s'exprimer un tantinet. Ce à quoi le leader des CCR répond qu'il reste le seul maître à bord. Son frère Tom, ne le supportant plus, quitte le groupe dès la fin de l'enregistrement de Pendulum. Il en découle un sixième album dans lequel on sent que quelque chose s'est passée. L'ambiance est spéciale et à nulle autre pareille. Elle contraste avec celles que l'on a pu connaître dans les disques précédents. Le groupe décline lentement mais sûrement (certains groupes en phase plus ou moins terminale auraient aimé sortir un album de cette qualité). Moins de guitare, mais un orgue qui se fait plus présent, ajout de cuivres... c'est un CCR atypique que nous révèle ce LP de 1970. John Fogerty, s'il reste fidèle au rock simple, carré, au swing qui fait la marque de fabrique sonore et rythmique du CCR (Molina, Hey Tonight), s'il nous ravit toujours autant avec les ballades folk (Have You Ever Seen The Rain), part dans des directions rythm & blues, soul (Chameleon) avec des titres comme Born To Move ou la complainte déchirante Hideway. J'aime malgré tout ce disque particulier, que je trouve homogène, et notamment Pagan Baby, violent, au riff percutant, Sailor's Lament. Si Pagan Baby, Hey Tonight, Molina ou Have You Ever Seen The Rain demeurent des vrais CCR, Born To Move et, par exemple, It's Just A Thought explorent agréablement d'autres horizons. Les titres que nous propose John Fogerty sont parmi les plus poignants qu'ait pu écrire le songwriter au look de bucheron et à la coupe au bol. Album à part (terminé par un instrumental nommé Rude Awakening) dans la carrière musicale du groupe californien, Pendulum, malgré sa qualité, annonce le début de la fin pour le CCR et l'insipide Mardi Gras qui suivra. Comment lui en vouloir avec la discographie exceptionnelle qui était la sienne jusqu'alors ? Pendant quatre années d'anthologie (1969-1972), les quatre compères d'El Cerrito ont tout simplement éclaboussé le rock de leur talent extraordinaire.