Marc-Aurèle fut un empereur romain philosophe stoïcien, l'un des plus grands exterminateurs de Chrétiens par la torture, les jeux du cirque, les crucifixions (cf.
Histoire des persecutions romaines de Anne Bernet). A lire ses pensées, cet aspect de sa vie n'apparaît pas immédiatement. Pourtant ses préceptes réservent au lecteur une beauté qui ne perd jamais sa fraîcheur :
"Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c'est agir en adversaire que de témoigner de l'animosité et de l'aversion."
"Tout faire, tout dire et tout penser en homme qui peut sortir à l'instant de la vie."
"Qu'est-ce que mourir ? Si l'on envisage la mort en elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s'est revêtue, il ne restera plus autre chose à penser, sinon qu'elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant. La mort pourtant n'est pas uniquement une action naturelle, mais c'est encore une oeuvre utile à la nature."
En revanche, je combats les limites de cette pensée :
"Or, la fin des êtres raisonnables, c'est d'obéir à la raison et à la loi du plus vénérable des Etats et des Gouvernements". Les Chrétiens n'étaient pas raisonnables, refusant de diviniser les césars. Il fallait donc les éliminer. Le lecteur apprendra avec plaisir la richesse des stoïciens en lisant
Sénèque : Une introduction, suivi de la lettre 70 des Lettres à Lucilius de Paul Veyne.
Epictète, esclave libéré sous Néron, est également un brillant disciple de l'école stoïcienne. Comme le précise l'avant-propos de l'édition, "boiteux dès son jeune âge, serviteur d'un maître rude et brutal, ce sage eut la vie qu'il fallait pour magnifiquement illustrer sa doctrine. Comme son maître lui faisait un jour appliquer à la jambe un instrument de torture : "Tu vas la casser", lui dit en souriant Epictète. La jambe cassa, et le philosophe reprit : "Ne t'avais-je pas dit que tu allais la casser ?".
Epictète conquiert notre raison par la beauté de son argumentation :
"Il y a des choses qui dépendent de nous; il y en a d'autres qui n'en dépendent pas. Ce qui dépend de nous, ce sont nos jugements, nos tendances, nos désirs, nos aversions : en un mot, toutes les oeuvres qui nous appartiennent. Ce qui ne dépend pas de nous, c'est notre corps, c'est la richesse, la célébrité, le pouvoir ; en un mot, toutes les oeuvres qui ne nous appartiennent pas.
Les choses qui dépendent de nous sont par nature libres, sans empêchement, sans entraves ; celles qui n'en dépendent pas, inconsistantes, serviles, capables d'être empêchées, étrangères.
Souviens-toi donc que si tu crois libre ce qui par nature est servile, et propre à toi ce qui t'est étranger, tu seras entravé, affligé, troublé, et tu t'en prendras aux dieux et aux hommes."
La belle philosophie se poursuit :
"Le maître d'un homme, c'est celui qui a la puissance sur ce que veut ou ne veut pas cet homme, pour le lui donner ou le lui ôter. Que celui donc qui veut être libre, n'ait ni attrait ni répulsion pour rien de ce qui dépend des autres; sinon il sera fatalement malheureux."
Le stoïcisme est un idéal, une école de la conduite de sa vie.
"Quand une idée de plaisir se présente à ton esprit, garde-toi, comme pour les autres idées, de ne te point laisser par elle emporter."