Critique
Il ne se passait plus rien dans le rap français depuis belle lurette, l’affaire étant lâchée depuis un moment par les majors, et laissée aux indépendants du rap de rue infusé dans les clichés usés. Mais voilà que le buzz enfle autour d’un jeune (pas si jeune) normand, blanc, dont la verve inédite apporte de l’air dans un milieu autarcique. Du coup, les médias s’affolent, les comparaisons pleuvent : Eminem, of course, il est blanc, ou encore Mike Skinner de The Streets, pendant anglais d’un rap social observant avec acidité et acuité son environnement.
L’album arrive donc à point pour vérifier si l’artiste peut dépasser le stade
do it yourself de la hype internet. Le son est à la hauteur, puisque fourni par un autre Normand, Skread, qu’on a abondamment repéré derrière Booba, Rohff, Sinik ou Diam’s. Le flow est un peu mince, finalement très blanc, mais il est indéniable que l’homme a du répondant dans le domaine de l’écriture. C’est là la vraie force d’Orelsan, il rappe la classe moyenne (parents dans l’éducation nationale), qui en 2009 n’a guère plus d’ambition et d’avenir que les jeunes des quartiers. Dans cette oeuvre balbutiante, l’univers délimité de ses semblables s’énonce entre MSN, Skyrock, le porno, le Net, le foot et la Playstation. « Les vieux comprennent pas c’qui s’passe dans la tête des jeunes… », ce n’est pas nouveau, mais Orelsan donne une brillante démonstration de cette théorie, avec une richesse verbale inédite.
Il est diplômé (bac, école de management), il a du vocabulaire et des références, il pratique la
punch line en première division, et à travers son album au titre explicite, il est la voix d’une génération perdue d’avance, sans espoirs, sans rêves, persuadée que sa vie sera moins facile que celle de ses parents. Le foot (à la télé), le sexe (en deux clics), la musique (en sonnerie de mobile) et le joy stick, voilà le territoire tragique et quotidien qu’arpente l’Alençonnais en rimes et en beats, braquant le projecteur de son inspiration sur les
No Life qui sont ses contemporains. Sa démonstration est réussie, et en dit plus sur la réalité que les rapports ministériels ou les essais sociologiques. On espère juste que ce ne soit pas un coup d’épée à la surface de l’eau figée, et qu’il sache poursuivre et réussir une vraie carrière, à l’instar de ceux à qui on l’a hâtivement comparé.
Jean-Eric Perrin - Copyright 2012 Music Story
Description du produit
Premier album produit par Skread (Booba, Diam's, Nessbeal...). Du binge drinking au rap by shooting, le jeune rappeur Orelsan est l'émanation de cette génération, renfermée sur elle-même, réfugiée dans les addictions, à la recherche répétée du borderline. D'un point de vue sociologique, on a beaucoup à apprendre des textes d'Orelsan, guide improbable le temps d'un album, " Perdu D'Avance ". " Orelsan, 25 ans, 14 d'âge mental. Rappeur, craqueur sous pression, amateur de films amateurs, président de ton club d'échecs ". Son premier album va faire trembler les bacs bien tranquilles de vos disquaires. Avec des titres déroutants, histoires de fous, histoires floues, ou simplement histoires " de vous ". Bienvenue dans un univers alambiqué, wifi connecté. Un album entier pour éviter de se mettre une balle dans la tête, ou d'en mettre dans celles des autres.