Paru en 1998,
Permutation reprend la plupart des ingrédients qui ont fait le succès de
Bricolage, le premier album d’Amon Tobin, à savoir les influences du jazz et de la drum & bass ainsi qu’un travail minutieux de la matière sonore et une grande recherche au niveau de l’architecture des morceaux. A une différence près cependant :
Permutation déploie un arsenal rythmique et une puissance tout simplement extraordinaires. Breaks de batterie et basses vrombissantes servent ainsi de toiles de fond aux motifs mélodiques développés au vibraphone, au piano, à la clarinette, très présente sur cet album, et à l’incontournable contrebasse, décidément très appréciée par Amon Tobin.
L’ensemble est très sombre et l’aspect cinématographique plus prononcé que sur
Bricolage. En poursuivant son travail sur la narration, Amon Tobin parvient cette fois à un résultat extrêmement abouti qui peut être considéré comme une référence dans l’univers de la musique électronique. Très soigné au niveau des arrangements,
Permutation est également une œuvre ludique : «
Like Regular Chickens », morceau hypnotique sur lequel s’ouvre l’album, comprend ainsi un dialogue totalement décalé d’ «
Eraserhead » de David Lynch.
Beaucoup joué en club au moment de sa sortie, «
Sordid », après une introduction qu’on croirait sortie d’un bon Walt Disney, s’énerve très franchement, commencent alors sept minutes d’un déluge rythmique d’une rare intensité – on a parfois l’impression d’entendre cinq batteries jouer en même temps. L’auditeur n’est pourtant jamais noyé dans cette profusion sonore, car Amon Tobin prend toujours soin de ménager des pauses : l’album regorge ainsi de petits interludes inattendus dont la légèreté contraste avec la noirceur et la tension ambiantes. «
Nightlife », «
Switch » et «
People Like Frank » sont des petits chefs-d’œuvre de mise en scène où se succèdent calme et violence. En fin d’album, Amon Tobin s’essaye à un genre beaucoup plus « cool » et léger avec «
Toys » et surtout «
Nova », qui servira d’instrumental au «
Samba da Bançao » de la chanteuse brésilienne Bebel Gilberto.
Thomas Henry - Copyright 2012 Music Story