Peter Pan viendra "tant que les enfants resteront gais, innocents et sans c½ur". L'auteur lui-même, à la dernière phrase de son roman, résume bien le caractère de cet enfant qui refuse de grandir, refuse le monde des adultes, refuse la raison, refuse d'affronter le monde et ne rêve que de violences, combats et espiègleries facétieuses. Peter Pan est l'archétype du refus du monde, de l'enfant ou de l'adulte à la recherche du réconfort maternel et qui en même temps le rejette. Il est le contraste qui attire et repousse.
Le roman de Barrie est loin de l'univers des contes de fées, tout comme celui d'Alice au pays des Merveilles. Si Walt Disney a formidablement fait une adaptation en adaptant ce conte au monde de l'enfance, le récit original est plus sombre, plus proche de la frayeur, explorant un monde où le prédateur devient proie, où le garçon innocent n'hésite pas à tuer et à rêver de carnage. Peter Pan devient vite un garçon insupportable, perdu au sens propre du terme, qui est loin de l'image de farfadet volant promu par le dessin animé.
Ce n'est pas vraiment un livre pour enfant, plutôt pour adolescents, et très certainement pour adultes, tant les clefs de lecture sont nombreuses. En tous cas, un pilier de la littérature anglaise.