Extrait de l'introduction
Le XXIe siècle sera hypocrite ou ne sera pas
Le mensonge, c'est la vie. Les patrons baladent leurs salariés, les banquiers roulent leurs clients, les journalistes retouchent l'info, les laboratoires pharmaceutiques enfument les malades. Bobards, fables, feintes et faux-semblants sont le ciment de la vie sociale et constituent les mamelles de l'Histoire.
En dépit des impératifs actuels de transparence, de vérité, de sincérité, nous vivons dans un univers bidonné. Ce sont les serial-menteurs, experts en artifices, professionnels de la contre-vérité et du double langage, qui tiennent le haut du pavé. À eux s'ouvrent d'innombrables interstices, crevasses et fissures qui se concrétisent sous la forme de fauteuils, tribunes, avantages, sans compter les disciples prêts à gober leurs sornettes et, en prime, beaucoup d'argent.
C'est que l'hypocrisie s'est mondialisée. Un trader de Wall Street n'hésite pas à fabriquer un titre pour miser sur son échec, corrompt les agences de notation pour qu'elles bénissent cette obligation, puis la vend à une banque européenne un peu lente à comprendre. Bingo ! Quant à la scène politique, elle est littéralement irriguée par le mensonge : les armes de destruction massives irakiennes inventées par George W. Bush, les craques de Bettino Craxi puis de Silvio Berlusconi, les rideaux de fumée des deux joueurs de bonneteau Poutine et Medvedev en sont la preuve.
Certes, personne ne vous oblige à jouer du pipeau. Mais si vous voulez être membre de plein droit des couches moyennes et supérieures, des hypercadres de la mondialisation, des élites urbaines circulantes et globalisées, vous aussi devez avancer masqué. Réussir aujourd'hui exige une grande habileté à habiller la réalité, à servir des boniments, à ennuager les intrigues, tout cela sous le déguisement du collectif et de l'intérêt général. Si Nicolas Sarkozy n'a pas été réélu président de la République française, c'est peut-être parce qu'il l'a joué beaucoup trop cash dans les dents qui rayent le parquet et le bling-bling vulgaire.
L'indispensable manuel du faux-cul que vous avez entre les mains signe l'extension du domaine de l'hypocrisie. Cette vertu cardinale du XXIe siècle, jusque-là réservée à ceux qui maîtrisent les codes, n'aura bientôt plus de secret pour vous. Pourquoi le cynisme maquillé de bons sentiments devrait-il être l'apanage des gens qui vous donnent des ordres ? Il est légitime de retourner cette arme contre eux. Tout ce que vos parents ne vous ont pas expliqué, tout ce que votre chef ne vous dira jamais (il a peur que vous ne preniez sa place), tout ce que les journalistes n'osent pas écrire (ils risquent leur emploi) se voit enfin mis à votre portée.
Avez-vous remarqué que nous vivons dans un monde où prospèrent imposteurs, sérial-menteurs, et autres professionnels de la langue de bois ? Si vous voulez réussir, il est impératif de vous y mettre : bobards, feintes et faux-semblants sont la véritable monnaie (de singe) que vous aussi devez utiliser. Mais être un parfait arriviste ne s'improvise pas. Il s'agit d'un art subtil auquel ce manuel entend vous initier. Vous y trouverez les recettes pour tirer votre épingle du jeu en toutes circonstances, du bureau à la chambre à coucher. Balader votre patron, neutraliser vos collègues, bluffer vos amis ou vos amours, tout cela sera bientôt pour vous un jeu d'enfant. Cessez d'être celui qu'on n'a pas mis au courant, le naïf qui se fait avoir, l'éternel perdant. Devenez celui qui manipule à son profit les autres et les événements. Adieu pigeon, bonjour succès !