Ce film est un mythe tout comme Fernandel, un comique qui rit peu mais qui fait toujours rire de situations qui peuvent sembler des plus dramatiques. Mais ce film, et sa série derrière, est le jeu sur une situation inouïe et pourtant fortement bruyante. L'affrontement, la confrontation dans un monde coupé en deux qui a tendance à mettre les communistes d'un côté et les curés de l'autre, de ces deux faces de la même pièce humaine. Le film prêchait, je dirais hélas, la réconciliation entre ces deux antagoniques inséparables. Avec le temps ce prêchi prêcha a perdu toute dynamique et il nous reste la dimension humaine profonde qui explique le succès phénoménal en son temps et la durabilité du film et des personnages. Tout le monde connait Don Camillo et Peppone, même si peu de gens en définitive ont vu le film qui n'a plus la moindre présence dans les cinémas. C'est là que le DVD a une valeur indispensable et impensable il y a encore dix ou même cinq ans. Le côté humain de ce film n'est ni dans les affrontements, ni dans les dépassements de ces affrontements, mais dans les émotions et comment elles sont capables de s'exprimer chez tout un chacun et tout le monde, en toute situation et partout. Les émotions sont la force de la vie et Fernandel et ces acteurs d'un cinéma qui n'avait pas d'électronique pour donner des illusions, devaient par leur jeu, par leur langage facial et corporel exprimer les plus fines nuances du bonheur ou de la peine, et ce cinéma excellait à ce jeu tout en finesse et en nuance, surtout que la couleur n'avait pas encore peinturluré ces visages et ces postures. Le noir et blanc se prête à l'expression brute des émotions, et la douceur est dans cet état brut des choses. Il arrive même à tourner une situation à la Roméo et Juliette en une sentimentale aventure qui aurait pu mal tourner. Il s'agit bien d'un classique qui contient tout un pan de la réalité du cinéma européen dans les cinq à dix années qui ont suivi la libération de 1945. En plus, bien sûr, c'est un témoignage d'un monde coupé en deux, rouge et noir, pour ne pas dire blanc et noir, ce qui enlève par là même toutes possibilités de gris, qui nous file entre les doigts aujourd'hui où rien n'est aussi simple qu'en ce temps-là et où c'est la droite qui fait les réformes que la gauche aurait pu et du faire mais n'a pas eu le courage politique de même entreprendre. Une leçon donc de courage politique, et probablement humain.
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Université Paris 8 Saint Denis, Université Paris 12 Créteil, CEGID Boulogne Billancourt