Invité par Daniel Piccouly à son émission "Café littéraire", Stanislas Merhar n'a pas dû bouleverser que moi. L'émotion du jeune homme évoquant le suicide de son père alors qu'il avait dix-ans et son attachement à sa mère dont la mort réactiverait les pulsions suicidaires, cette émotion de l'ordre de l'infiniment intime, passant au-delà des caméras pour atteindre le coeur du spectateur, portée par la subtilité des questions de Daniel Piccouly, m'a amenée à acheter son livre "Petits poisons".
Je l'ai lu en quelques heures. Ecrit dans une langue jouant sur des registres divers, il raconte tout ce qui l'obsède et le hante, avant et après la mort du père.
"De faux pianiste, j'étais devenu doreur, de doreur je vais devenir acteur. Je vais avoir un nouveau métier", dit-il. Et nous connaissons le grand talent de l'acteur.
Passages magnifiques sur la musique qu'il lui arrive de couper "parce qu'elle menace de devenir comme la vie, un bruit de fond."
Passages magnifiques sur la tristesse "qui vient sans doute avec la vie", et sur la peur de l'abandon, la dépression, la nécessité d'utiliser ses mains "pour poncer le plus petit détail d'une feuille d'acanthe", l'ennui, la recherche de la perfection "le premier amour de ma vie, c'est Bach", le fantôme du père.
Tant de choses ont fait écho, et le souvenir d'un autre livre "Mars".
Je ne dis rien du titre si bien choisi, si juste, et laisse le lecteur découvrir comment Stanislas Merhar se livre avec talent dans ce livre.
Rien de mièvre -il a quatorze ans quand il apprend la mort de son chien adoré- rien d'hyperbolique, rien d'appuyé.
"La chose, c'est quand quelqu'un que j'aime s'en va: mon amoureuse, mon papa, mon chien...", pense-t-il lors de son hospitalisation, "Pour l'instant je suis hébété, les chevilles molles dans un pyjama bleu."
Quelques phrases que l'on voudrait retenir comme des citations. Des mains fines du pianiste à celles douloureuses de l'apprenti doreur, il y a celles de l'écrivain.
Certains acteurs écrivent sur eux. Ce livre-là me semble avoir une filiation avec "Mars", "l'amant" et "Suicide" ou "Autoportrait". Autrement dit, Stanislas Merhar m'apparaît comme un véritable écrivain.