Arto Paasilina semble penser que l'on peut rire de presque tout et en particulier du suicide. Tout commence avec deux hommes, un colonel qui ne supporte pas son veuvage et un entrepreneur qui ne se remet pas d'une énième faillite. Ils veulent se suicider mais ils se retrouvent au même moment et au même endroit pour réaliser leur sombre dessein. Il leur est alors impossible de se suicider sans être seul et ce constat sera finalement le fil rouge du livre. Etre ensemble, même lorsque l'on est suicidaire, ne facilite pas le passage à l'acte... Le colonel et l'entrepreneur passent une annonce pour rassembler tous les suicidaires qui le souhaitent. De là va partir une traversée complètement loufoque en autobus à travers l'Europe, où les destinations ont tendance à devenir des étapes afin de reculer l'échéance fatale.
En bon « empêcheur de déprimer en rond », l'auteur sait amuser avec ce sujet peu propice : le colonel met en place des stratégies militaires pour ses troupes pathétiques de suicidaires, des hooligans allemands sont mis en déroute, deux personnages jouent des âmes au poker,... Le ton est à l'absurde et à la démesure. Il joue sur l'ambivalence du groupe, tiraillé entre ses penchants suicidaires et malgré tout son instinct de survie et en fait un véritable ressort comique. Ainsi le groupe est outré lorsqu'il apprend qu'un des personnages est en fait atteint d'une maladie contagieuse et incurable et ne les avait pas mis en garde. L'auteur arrive à ne pas être superficiel malgré la légèreté du traitement, livrant au passage ses réflexions et même quelques considérations écologiques. Cela donne un conte trop rocambolesque pour être philosophique mais assez sérieux pour ne pas être insignifiant.