Si l'on voulait donner une définition du fil harmonique d'Agnes Obel, c'est entre le dépouillement et le délicat abstrait qu'on la trouverait. Et si l'on en précisait la teneur, on pourrait même dire qu'il s'agit d'un drôle d'endroit habité par une sobriété ouatée, craintive quelques fois. Danoise pour l'origine, mais expatriée depuis quelques années à Berlin, Agnes Caroline Thaarup aime les mesure à deux temps, voire trois, les arpèges en substance aussi. Et si dans la vie courante, la jeune femme n'aime pas trop parler d'elle, celle-ci laisse à sa musique, comme à ses textes minimalistes, entière délégation pour peindre sa vision du monde. En effet, plus que les mots, pour un véritable rendez-vous avec l'intrigante Agnes, ce sera par la musique qu'il faudra passer. Avec un piano, tout d'abord. Un piano économe à la manière d'un Erik Satie. Un instrument dont elle se dit plus au service que l'inverse. Pour autant, si noires et blanches savent se faire discrètes, se fondre dans le silence pour mieux extraire l'eau fragile de nos mémoires, ce qui frappe avant tout c'est une voix. Une voix teintée de spleen et de gel matinal qui, à la manière d'un équilibriste, se penche au-dessus du vide pour mieux en observer la fuite.
Très présente dans son écriture gris-bleu, la nature, la ville et l'être sont ses principales inspirations. En effet, Agnes ne parle que de ce qu'elle connaît. Elle en parle au travers de très courtes pièces que l'on pourrait qualifier de comptines musicales... mais à sa manière. Ainsi, parfaits exemples du talent de la demoiselle, si Just So, Riverside ou On Powdered Ground bâtissent leurs mondes en quelques images sur de l'ivoire. On notera qu'en terme de mondes, il s'agit plutôt d'univers clos (clos ne voulant pas dire fermés, mais rassurants). Des lieux non communs qui taquinent autant nos sens que notre mémoire. Musicalement, Agnès joue sur l'épure. On sent immédiatement au travers de son disque qu'elle a assimilé toutes les petites fioritures qui font que l'on s'attache à une mélodie. Néanmoins, si elle se sert avec parcimonie de certaines ficelles, l'artiste ne se perd jamais dans le convenu. En fait, son credo serait plutôt de nous faire entrer dans un rêve éveillé. Un rêve construit sur mesures, mais dont les évocations nous appartiendraient. D'ailleurs, concernant la pure évocation, impossible de ne pas souligner la présence de trois instrumentaux, trois libres penseurs mis à notre disposition pour en faire notre chose.
D'abord froid, puis étrangement d'un fourmillement agréable, Philharmonics surprend comme peu saisir un morceau de glace sur la langue. A l'évidence, il y a quelque chose d'unique dans cet enregistrement classico-folk. Quelque chose touchant à la grâce qui va bien au-delà de cette voix placée en avant, ce piano gracile, ces quelques cordes et le travail sur l'écho. Aussi, pour mieux en goûter l'essence, rien ne saurait remplacer un plongeon dans ce fjord d'émotions.