Suivre la carrière du castrato Carestini à travers toute l'Europe n'est pas une tâche des plus simple. Mais cela nous mène vers des compositeurs si différents dans de nombreuses et toutes différentes villes que ce Castrato en devient un fantôme qui sera dorénavant - et nous l'espérons qu'il le défiera - celui qui hantera ce Farinelli presque connu comme le seul et l'unique castrato italien de son temps. Le choix d'airs et d'extraits est vaste et ouvert tant en styles qu'en genres et en caractéristiques et qualités musicales. Ces castratos étaient des artistes complets qui se devaient d'être flexibles et étonnamment innovateurs pour garder leur public en haleine et suspendu à leur lèvres chantantes. Il fut l'un des premiers cas d'une longue maladie qui a fait la richesse de l'opéra, le primo uomo, devenu aujourd'hui la prima donna. Dans la cas présent l'alto qui joue le rôle est parfait. Jaroussky est définitivement un homme mais il a conservé un certain ton enfantin dans sa voix, particulièrement bien sûr dans la tranche haute de son chant. Pourtant il est capable de descendre jusqu'au fond rocailleux et rocheux et ses notes basses deviennent profondes et caverneuses et elles révèlent toute la masculinité de notre chanteur. Il a aussi retenu son goût des enfantillages quand il s'envole dans la gamme, à travers les portées où il tourne et virevolte comme une toupie enivrante, enivrée par ses pirouettes vocalisées. Et Philippe Jaroussky s'arrange même à nous piéger avec quelques unes de ses notes les plus aériennes et nous faire nous demander si... et nous hésitons ici... c'est un enfant ou une femme qui chante. Comment pourrions-nous savoir avec ces étoiles de cristal qui scintille à la tiare de ce chant ?
Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines