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5.0 étoiles sur 5
Sade ou la tristesse de ses libertins..., 10 septembre 2006
C'est un ouvrage très intéressant à lire, dont la philosophie laisse songeur... Sade enonçait déjà des idées dont on retrouvera la trame chez certains penseurs qui viendront après lui. Sans être vraiment spécialiste du monde sadien, j'ai perçu de la tristesse et beaucoup de solitude dans cet ouvrage. Sade était emprisonné, révolté contre la société qui l'avait mis derrière les verrous et j'ai cru percevoir cet isolement (encore une fois, je ne suis pas spécialiste), dans ses écrits. Les scènes érotiques me semblent caricaturales, presque irréelles. En effet, il n'y a que la parole du libertin qui condamne, aussi bien par le verbe que par le geste, sans sembler s'apercevoir qu'il s'adresse à un autre. Sa parole est froide et incisive, ses gestes ordonnés, presque mécaniques. Il n'y a pas de réel dialogue, le libertin s'adressant soit à une victime qui n'existe quasiment pas ou à un converti qui n'a pas besoin d'être convaincu. En fait, tout me semble être prétexte pour que le libertin se parle à lui-même, pour qu'il laisse éclater sa colère et sa révolte. L'autre n'existe pas pour lui-même, il n'est là que pour permettre au bourreau d'épancher son coeur. Aussi nombreux soient-ils dans la même pièce, les personnages semblent faire chacun un long monologue ne s'accordant pas toujours avec celui des autres. Les héros semblent étrangement seuls même en compagnie des autres, à tel point que la question de savoir qui est vraiment la victime, entre le libertin et la personne qui lui est soumise, se pose. C'est très déroutant mais terriblement intéressant à découvrir.
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4 internautes sur 4 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Au fondement du sadisme, mais pas seulement..., 25 février 2011
Je trouve, pour ma part, qu'il est très difficile de commenter cette oeuvre. Comment peut-on aimer celui qui mit en mot une partie des penchants de l'être humain pour le sadisme ? Et pourtant...
Lire cette oeuvre violente, immorale, très dure par endroits, pour ceux qui ne sont pas des amateurs, est intéressant et incontournable pour qui veut mieux connaître l'être humain. Sade fit presque trente ans de prison de son vivant et fut condamné à mort, il y échappe à chaque fois : la chance ? Sa formidable énergie pour la vie ? Sa lucidité parfois mêlée à ses penchants destructeurs?
Quel être humain ne peut comprendre, être touché par ces contradictions dans un être qui oscille entre cette formidable soif de vie et cette haine de soi et des autres?
Une oeuvre complexe en somme. « La Philosophie dans le boudoir » est en partie terrible, car elle se termine par une violence inouïe sur la mère d'Eugénie qui souhaite que sa fille ne fréquente pas des gens aussi immoraux. Qui pourrait le lui reprocher à part les protagonistes qui l'entourent ?
A côté de ce dénouement absolument atroce, Sade fait l'éloge du meurtre, de la pédophilie, de la calomnie et même du vol (qui selon lui développe le courage, la force, l'adresse). Toute la jouissance de cet homme repose sur la transgression de la morale. Tout ce qui est immoral est terriblement bon, sexuellement désirable. Et parfois, ces arguments sont étonnamment vifs et font réfléchir, notamment sur la guerre. Il se demande comment il est possible d'honorer des gens qui tuent d'autres hommes et de ne pas comprendre celui qui commet un meurtre et qui lui aussi à peut-être de bonnes raisons d'en vouloir à son voisin. Pourquoi honorer certaines formes de guerre et pas d'autres ?
Etonnante donc cette oeuvre. Car à côté de cette audace à parler de tout ce qui est mauvais en l'homme et à l'assumer au péril de sa vie, il y a un chapitre passionnant sur la défense de la République intitulé : « Français, encore un effort si vous voulez être républicains ». Ces idées sont alors lumineuses, non destructrices ou perverses. Il remet en cause l'idéal religieux et vante les mérites d'une séparation entre le pouvoir spirituel et temporel. Le dieu chimérique devient suspect et Sade annonce que « l'athéisme est maintenant le seul système des gens qui savent raisonner ». Pour lui, religion et despotisme sont liés et il clame haut et fort qu'il ne faut assassiner personne pour aller vers la république (il s'oppose à cet égard à la Terreur et fait preuve de bienveillance. Etonnant pour le fondateur du sadisme ?), simplement faire tomber les idoles et remettre en cause les moeurs. Une bonne République doit maintenir l'insurrection et donc des êtres immoraux en perpétuel mouvement qui s'interrogent toujours sur ce qu'on dit être « bien », moralement acceptable. Cette partie est de plus écrite dans un style très élégant, digne d'un marquis. Elle s'oppose également par le style aux dialogues très impudiques et redondants de termes crus du reste de l'oeuvre.
En somme, un travail surprenant où il faut en prendre et en laisser, mais on ne reste pas indifférent à la puissance du personnage tant au niveau de la violence que de la clairvoyance dans certaines de ses idées novatrices.On ne risque pas à ses côtés de devenir un mouton de Panurge!
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4.0 étoiles sur 5
Découvrir Sade écrivain et auteur d'un système s'impose, 21 août 2004
Nul auteur plus mal compris que Sade, dont la seule mention évoque le terme sadisme, comme si l'oeuvre du divin marquis devait se résumer à une apologie de la violence dans les pratiques sexuelles. Rien de plus idiot que de s'en tenir là, et de passer avec pudibonderie son chemin devant "La philosophie dans le boudoir". Car l'apologie de moeurs inédites mise à part, on manquerait ainsi de lire parmi les plus belles pages de la littérature française, écrites dans un style que n'a rien à envier à celui de Chordelos de Laclos. On manquerait aussi "Français, encore un effort si vous voulez être républicains", essai dont le reste de l'oeuvre ne constitue finalement que le cadre et dans lequel Sade, pris dans la tourmente révolutionnaire, expose son système. En s'interrogeant sur la manière d'organiser la société pour satisfaire les besoins qu'il juge les plus légitimes de ceux qui la composent, c'est toute la contradiction d'une société qui n'a pas encore su faire la part entre l'égalité et l'égalitarisme que Sade met à jour. Autrement dit, comment est-il possible de penser un groupe composé d'individus épanouis, quand l'épanouissement de l'un passe par l'asservissement de l'autre ? Sans doute, le raisonnement de Sade est biaisé; on sent qu'il ruse avec les autorités pour donner corps à ses fantasmes ou du moins échapper à la censure, ce qui lui coûte de se contredire parfois. Mais cela n'enlève rien à l'intérêt de sa question, sur laquelle on débouche encore aujourd'hui chaque fois qu'un évènement nous impose de méditer sur les limites des libertés individuelles - entre la liberté et l'égalité, on comprend ainsi que la fraternité constitue le moyen terme. Enfin, de savoir que la question a pu être posée avec autant d'enthousiasme en 1794 suggère le climat d'excitation intellectuelle que dut être la période révolutionnaire, chacun exposant avec conviction son système, aussi délirant soit-il. Sade est donc à découvrir, et ce livre sert cette entreprise à merveille.
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