Voilà un album qui était attendu au tournant par beaucoup de monde : le premier album studio du quatuor Wetton-Downes-Howe-Palmer depuis 1983.
Petit(s) retour(s) en arrière :
* 1981-1983 : Asia explose commercialement comme le premier supergroupe des années 80 (leur premier album reste un "classique")
* 1983-1991 : la brouille Howe-Wetton et les problèmes d'alcool de ce dernier entraînent une valse de changements (arrivée furtive de Greg Lake, départ de Howe, retour de Wetton, arrivée de Mandy Meyer, dissolution, reformation sans Downes puis tournée réelle en 1990-1991 avec Wetton, Downes, Palmer et un guitariste d'appoint avant le départ de Wetton)
* 1992-2004 : Downes s'adjoint les services du talentueux chanteur-bassiste John Payne et sort brillament sous le nom d'Asia 5 albums studios, plusieurs compilations d'inédits et quelques "live".
* 2005-2006 : Wetton et Downes se racommodent et décident de tourner sous le nom d'Icon, proposant un son proche du Asia originel.
* 2006-2007 : Downes arrête sa collaboration avec Payne et le "Original Asia" se reforme avec le quatuor de départ pour une longue tournée et un album en concert.
Ce n'est qu'un petit aperçu des frasques et engueulades du groupe, dignes d'un feuilleton américain !!
Cet album permet de voir où le groupe en est aujourd'hui et de savoir si leurs membres ont des choses à dire, musicalement parlant.
Jettons un oeil tout d'abord aux crédits d'écriture : le duo Wetton-Downes se farcit l'essentiel, Howe s'adjuge seul deux morceaux (dont un "Wish I'd known all along" au rythme chaloupé très réussi), il y a une reprise et un morceau co-signé des quatre membres (qui est en fait une chute de studio du second album retravaillé 25 ans plus tard)
Pas vraiment bon signe quand on connait les tendances parfois mièvres des compositions des membres d'Icon.
Le son ensuite ! Très aérien parfois, le retour vers le bon gros son du premier album apparaît de mise avec toutefois une grosse différence : la caisse claire de Palmer est très sous-mixée alors que son jeu donnaît de la vigueur à l'ensemble auparavant.
Les compositions enfin !
En fait, la volonté de ressembler aux deux premiers albums du groupe (le riff d'ouverture du premier titre "Never again" ressemble étrangement à celui de "Heat of the moment", le solo de batterie de Palmer qui rappelle les breaks de "Wildest dreams") est sans doute forte et le groupe s'y réfère un peu trop.
De l'autre côté, il y a le syndrome Icon où trop de compositions paraissent fades (celles avec les paroles les plus cul-cul, on ne peut s'y tromper) malgré la touche de guitare apportée par les arrangements de Howe (par ailleurs très réussis)
En fait, si l'ensemble se laisse bien écouter pour peu que l'on apprécie les mélodies raffinées et les refrains accrocheurs ("An extraordinary life" en est un parfait exemple), l'alchimie créatrice semble un peu absente, la verve des musiciens mise en veilleuse, tout paraît un peu trop lisse pour emporter complètement l'adhésion.
Les deux longs morceaux sont intéressants avec des passages claviéristiques très "ambiance", il y a 3 titres du duo Wetton-Downes somme toute excellents, ainsi que deux des morceaux crédités à Howe mais aussi 3 titres tout à fait insipides qui auraient du être retenus sur les albums solos de John Wetton ou Steve Howe.
Le risque était important (après tout, Police, Genesis et d'autres dinosaures ne se sont pas risqués à composer ensemble après leurs tournées des stades) et le résultat semble un habile compromis permettant à tout le monde (la maison de disques, John Wetton et Steve Howe dont on ne sait s'ils se sont réellement rabibochés) d'être plus ou moins satisfait même si le tout semble trop surfait et, surtout, l'auditeur pouvant trop percevoir cet effet.
Grande question : après la tournée de promotion, y aura-t-il une suite en studio ?
A suivre...